- lun, 02/03/2026 - 18:04
KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1659 | LUNDI 2 MARS 2026.
Un appel mondial a été lancé à l’issue du Sommet «India AI Impact 2026», organisé pendant cinq jours dans la capitale indienne, New Delhi, afin de promouvoir une compréhension commune de l’usage de l’intelligence artificielle, dans le respect de la souveraineté nationale, et de veiller à ce qu’elle profite à l’humanité.
La Déclaration du Sommet sur l’impact de l’intelligence artificielle, IA, publiée samedi 21 février, met l’accent sur la coopération internationale autour de sept piliers : le développement du capital humain ; l’élargissement de l’accès pour favoriser l’inclusion sociale ; la fiabilité des systèmes d’IA ; l’efficacité énergétique des technologies d’IA ; l’utilisation de l’IA dans la recherche scientifique ; la démocratisation des ressources en IA ; ainsi que l’exploitation de l’IA au service de la croissance économique et du progrès social.
« En complémentarité avec les initiatives internationales et autres déjà existantes, nous travaillerons à favoriser une compréhension commune, dans le respect de la souveraineté nationale, afin que l’IA soit mise au service de l’humanité », souligne le texte.
Les parties ont également pris note d’une initiative volontaire visant à élargir l’accès aux ressources fondamentales en matière d’IA, à soutenir l’innovation locale, à renforcer des écosystèmes d’IA résilients et à offrir une plateforme concrète permettant de déployer à grande échelle des cas d’usage réussis dans différentes régions.
En outre, elles ont insisté sur la nécessité de mettre en place une plateforme collaborative destinée à partager des ressources techniques, des outils et des bonnes pratiques. Une note d’orientation volontaire est également prévue afin de renforcer les liens entre les communautés scientifiques et de mutualiser les capacités de recherche en intelligence artificielle.
Par ailleurs, les parties ont relevé le développement d’une plateforme volontaire et collaborative facilitant l’échange de connaissances et de pratiques évolutives pour accélérer l’adoption de l’IA au service de l’inclusion sociale. Elles ont également pris acte de principes directeurs volontaires sur la reconversion professionnelle à l’ère de l’IA, ainsi que d’un guide stratégique consacré au développement des compétences de la main-d’œuvre dans ce domaine.
Au total, quatre-vingt-huit pays et organisations internationales ont approuvé la déclaration. Des dizaines de dirigeants et de ministres pris part au «Sommet pour l'action sur l'IA» ouvert jeudi 19 février.
Mais les États-Unis d'Amérique avaient la veille vendredi 20 février «totalement» rejeté toute gouvernance mondiale de l'IA au sommet à New Delhi, avant une déclaration des dizaines de dirigeants et des ministres du monde entier réunis en Inde sur l'intelligence artificielle reportée à samedi 21 février.
Le report à samedi, soit un jour de retard, de la publication de la déclaration ne signifiait pas une absence de consensus sur l'intelligence artificielle, a déclaré vendredi le ministre indien des Technologies de l'information. «La déclaration et ses détails seront communiqués en toute transparence demain», avait assuré le ministre Ashwini Vaishnaw à la presse, depuis le sommet.
«Il existe un large consensus sur la déclaration. Nous essayons simplement de maximiser le nombre» de signataires, avait-il affirmé, sans livrer plus de détails sur son contenu.
Ce report semblait pourtant traduire des différends entre les délégations venues du monde entier sur la façon d'encadrer l'usage de cette technologie.
Fin de non recevoir de Washington sur le contrôle de l'intelligence artificielle. «Comme l'administration Trump l'a désormais affirmé à de nombreuses reprises : nous rejetons totalement la gouvernance mondiale de l'IA», a expliqué Michael Kratsios, conseiller de la Maison Blanche aux sciences et technologies, depuis le sommet sur l'intelligence artificielle, à New Delhi.
Quelques heures auparavant, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, qui participait au sommet, avait confirmé le lancement d'une commission scientifique destinée à faire «du contrôle humain» de l'IA «une réalité technique».
Le patron d'OpenAI, Sam Altman, avait déclaré jeudi 19 février que cette technologie en plein essor avait un besoin urgent de régulation, alors que grandissent les inquiétudes quant à son impact sur la société et l'environnement.
ONDE DE CHOC CHINOIS.
«Nous fonçons dans l'inconnu. L'innovation liée à l'IA avance à la vitesse de la lumière et dépasse notre capacité collective à la comprendre et encore plus à la gouverner», a affirmé Antonio Guterres, devant le sommet mondial sur l'IA.
À l'opposé, pour le représentant de la Maison Blanche, l'intelligence artificielle a le potentiel de «favoriser l'épanouissement humain et de générer une prospérité sans précédent».
Et «les obsessions idéologiques axées sur les risques, comme le climat ou l'équité, sont des prétextes à une gestion bureaucratique et à la centralisation», a-t-il affirmé.
L'Assemblée générale des Nations unies a validé la création d'une commission, appelée «Panel scientifique international indépendant sur l'intelligence artificielle», qui comprendra 40 scientifiques. Cet organe consultatif - qui ambitionne d'être pour l'IA ce que le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, GIEC, est pour le réchauffement climatique - a été créé en août.
Les trois précédentes éditions du sommet de l'IA avaient abouti à un texte vague. Lors de l'édition de l'an dernier à Paris, le vice-président américain, JD Vance, avait déjà mis en garde contre une «régulation excessive» susceptible de «tuer une industrie en plein essor».
Le gouvernement américain refuse d'encadrer les accès et les contenus sur les plateformes, au nom de la liberté d'expression notamment.
Le «Sommet pour l'action sur l'IA» à New Delhi était le plus important sommet à ce jour, avec des dizaines de milliers de participants et visiteurs, et le premier à se tenir dans un pays en développement.
Outre une vingtaine de dirigeants politiques venus du monde entier, des patrons de la tech, parmi lesquels le directeur général de Google, Sundar Pichai ou Jensen Huang, dirigeant de Nvidia, le géant américain des microprocesseurs, y ont participé.
Le prochain se tiendra à Genève au premier semestre 2027, a indiqué jeudi le président suisse Guy Parmelin.
Le développement de l'IA nourrit toutes les inquiétudes quant à son impact sur l'environnement, l'emploi, la création artistique, l'éducation ou l'information.
Jeudi 19 février, les dirigeants ont plaidé pour que soit garanti un accès universel à cette technologie. Le Premier ministre indien, Narendra Modi, a ainsi appelé à ce que cette technologie soit «accessible et inclusive».
Avec ses 1,4 milliard d'habitants, le pays le plus peuplé de la planète a profité de ce coup de projecteur pour afficher ses ambitions. New Delhi a dit espérer dans les deux ans un total de 200 milliards de $US d'investissements d'entreprises sur son sol, notamment pour des projets d'IA.
Les géants mondiaux de la tech ont aussi profité de l'occasion pour faire part de nouveaux accords, ainsi que des investissements et projets d'infrastructures pour ce pays d'Asie du Sud en passe de devenir la quatrième économie mondiale.
L'Inde a «rejoint» officiellement «Pax Silica», le groupe de pays constitué par les États-Unis pour assurer la sécurité de leurs approvisionnements en matériaux et technologies liées à l'intelligence artificielle, a déclaré Jacob Helberg, sous-secrétaire d'État américain aux affaires économiques, lors du sommet.
Il faut rappeler qu'un nouveau modèle d'intelligence artificielle, développé par ByteDance, la société chinoise derrière l'application TikTok, a créé une onde de choc à Hollywood, non seulement en raison de ses capacités, mais aussi pour le changement qu'il pourrait apporter dans les industries créatives.
L'application «SidanS» peut produire des vidéos de qualité cinématographique, avec des effets sonores et des dialogues, simplement en entrant quelques textes. Des vidéos, prétendument créées en utilisant «SidanS», mettant en vedette des personnages célèbres comme «Spider-Man» et «Deadpool», se sont largement répandues.
Des studios majeurs comme Disney et Paramount ont rapidement accusé ByteDance de violer les droits de propriété intellectuelle, mais les préoccupations concernant cette technologie vont au-delà des questions légales.
Qu'est-ce que «SidanS» ? Et pourquoi tout ce bruit ? «SidanS» a été lancé en juin 2025 sans beaucoup de bruit, mais la deuxième version, publiée huit mois plus tard, a suscité un grand émoi.
Yan Willem Bloom, d'un studio créatif nommé «Video State», déclare : «Pour la première fois, je ne pense pas que cela ait l'air bon pour l'intelligence artificielle, mais je pense que cela provient d'un véritable processus de production».
Il ajoute que les modèles de vidéos occidentales basés sur l'intelligence artificielle ont progressé dans le traitement des instructions des utilisateurs pour produire des images étonnantes, mais il semble que «SidanS» ait réuni toutes les facettes.
Tout comme d'autres outils d'intelligence artificielle, «SidanS» peut créer des vidéos à partir de courtes textes, et dans certains cas, il semble qu'en entrant simplement un seul texte, des vidéos de haute qualité sont générées.
Margaret Mitchell, une chercheuse en éthique de l'IA, indique que c'est particulièrement impressionnant en raison de sa capacité à combiner texte, image et son dans un seul système.
avec AGENCES.





