- jeu, 23/07/2026 - 17:09
KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1669 | JEUDI 23 JUILLET 2026.
LES FAITS.
Le 20 juin 2026, le Procureur Général du Parquet Général près la Cour de Cassation Firmin Mvonde Mambu signe et diffuse un ordre d'interdiction de sortie du territoire national adressé au Directeur Général de la Direction de Migration avec copie réservée à toutes les Autorités concernées du pays (ministre d'État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Conseiller Spécial du Chef de l'État en matière de Sécurité, Administrateur Général de l'Agence Nationale de Renseignements, Commissaire général de la Police Nationale congolaise, Sous Chef d'État-major du Renseignement). L'ordre n°2403/D.023/28177/PGCCAS/MVM/MUK/2026 vise huit «présumés auteurs d'infractions» dont quatre d'une même famille d'origine indienne, à la tête d'un conglomérat d'entreprises dont la première banque commerciale du pays, Rawbank, Mustafa Rawji, Mazhar Rawji, Uzair Rawji, Zain Rawji, celle du patron honoraire de l'Inspection Générale des Finances, Jules Alingete Key et son épouse, Nanu Mukawa (alias Nanu Alingete), deux noms, Kiala Ndombele et Jok Oga Ukelo. L'ordre d'interdiction de sortie décline les «chefs des infractions» retenus contre ces personnes. Elles sont «poursuivies des chefs des infractions de corruption, de faux commis en écriture et de blanchiment de capitaux prévues et punies respectivement par les articles 147 bis et 148, 124 du Code Pénal Livre II et 124 de la loi n°22/068 du 27 décembre 2022 portant lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive telle que modifiées et complétée par la loi n°25/048 du 1er juillet 2025».
Puis, articule le Procureur Général : «Dans le but de garantir leur disponibilité pour les besoins de l'instruction et d'empêcher qu'ils ne se soustraient aux poursuites judiciaires engagées contre eux, j'ai décidé de leur interdire de quitter la ville de Kinshasa jusqu'à nouvel ordre, pour ceux qui s'y trouvent et le territoire national pour ceux qui sont au pays, mais en dehors de Kinshasa ».
Enfin : « Je vous saurai gré de bien vouloir instruire les services placés sous votre autorité et affectés aux différents postes frontaliers de veiller à la stricte exécution de cette mesure ».
Le 4 juillet 2026, un «communiqué officiel» n°003/PGCCAS/2026 du Procureur Général (Parquet Général près la Cour de Cassation) Firmin Mvonde Mambu tombe.
Il y est écrit : «Dans la matinée du vendredi 03 juillet 2026, la lettre n°2403/D.023/28177/PGCCAS/MVM/MUK/2026 du 20 juin 2026 signée par Monsieur le Procureur Général près la Cour de Cassation, ayant pour objet l'Interdiction de Sortie visant les nommés Mustafa Rawji, Mazhar Rawji, Uzair Rawji, Zain Rawji, Jules Alingete Key, Kiala Ndombele, Nanu Mukawa (alias Nanu Alingete) et Jok Ukelo a été largement médiatisée jusqu'à devenir virale dans les réseaux sociaux, alors que les investigations avaient entre-temps considérablement évolué au point que la mesure conservatoire susvisée avait été rapportée il y a belle lurette».
Puis : « Tout en confirmant l'authenticité du contenu de ladite correspondance dont les commentaires sont allés dans tous les sens, Monsieur le Procureur Général près la Cour de Cassation tient à préciser ce qui suit :
◗ 1. «Les investigations ont été ouvertes à la suite de l'injonction faite au Procureur Général près la Cour de Cassation par le Ministre d'État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux par sa lettre n°780/LW936/ANL/CAB/ME/MIN/J&GS/2026 du 18 juin 2026, d'ouvrir une instruction judiciaire sur les faits infractionnels dénoncés à charge des personnes physiques citées ci-dessus et des entreprises du Groupe Rawji, dont la Rawbank SA, en vue de dégager, s'il échet, les responsabilités pénales pouvant en résulter.
◗ 2. Au regard de la lutte menée par notre pays contre les faits de corruption et de blanchiment de capitaux, il était impérieux d'aller vite en besogne pour la récolte des données. La mesure d'interdiction de sortie, loin d'être une sanction découlant d'une quelconque culpabilité, se trouvait être une mesure conservatoire en vue de garantir la disponibilité des présumés auteurs à comparaître par devant l'officier du Ministère Public.
◗ 3. À ce jour, il est hasardeux de soutenir, au regard des éléments en présence, la culpabilité des incriminés, la preuve de leur implication n'ayant pas été apportée.
◗ 4. Monsieur le Procureur Général tient par ailleurs à préciser que certains de ces faits portés à sa connaissance, avaient par le passé, fait l'objet d'instruction judiciaire voire des décisions de justice ayant chuté sur un non-lieu.
De ce qui précède, toute conclusion émanant d'interprétations ne découlant pas des faits en présence ne peut engager que son auteur. Fait à Kinshasa, le 04 juillet 2026, Firmin Mvonde Mambu, Procureur Général près la Cour de Cassation ».
COMMUNIQUÉ BILL CLINTON.
Faisant suite à ce «communiqué officiel» du Procureur Général, un autre «communiqué de presse» cette fois, émanant de la Fondation Bill Clinton pour la Paix, FBCP, n°606/FBCP/CEI/2026 daté de Kinshasa, 10 juillet 2026, signé par son président Emmanuel Adu Colé, « dénonce avec la plus grande fermeté » (...) «des cabales administratives et médiatiques» (et donc) «l'existence de manœuvres de coulisses et d'une «main noire» animée(s) par un ancien ministre ainsi que par certains dignitaires du pouvoir actuel» (...), qui constituent des mesures de rétorsion évidentes, l'ancien Inspecteur Général des Finances ayant rigoureusement sollicité, dans l'exercice de ses fonctions, des poursuites judiciaires à leur encontre pour détournement de deniers publics».
Invoquant « la concordance de ces éléments juridiques irréfutables», la FBCP « demande instamment au Gouvernement de la République de renforcer sans délai la sécurité physique de Monsieur Jules Alingete Key, ainsi que celle de ses proches et de son épouse, face aux menaces induites de cette animosité politique ».
Puis : « C'est par le respect scrupuleux des procédures et la protection de ceux qui défendent les intérêts de l'État que se consolidera l'État de droit tant recherché et souhaité par tous ».
La Fondation Bill Clinton a tenu « à informer l'opinion publique tant nationale qu'internationale des derniers développements judiciaires relatifs à la situation de l'ancien Inspecteur Général des Finances, Monsieur Jules Alingete Key ainsi que des dirigeants du Groupe Rawji» expliquant que par « son Communiqué Officiel n°780/LW936/ANL/CAB/ME/MIN/J&GS/2026 du 18 juin 2026, Monsieur le Procureur Général près la Cour de Cassation a formellement clarifié la situation administrative et judiciaire des concernés (...).
L'organe de la loi précise que cette mesure conservatoire purement administrative et visant uniquement à garantir la disponibilité des comparants pour les nécessités de l'enquête, a été valablement rapportée et levée il y a belle lurette, l'instruction ayant considérablement évolué. Sur le fond, cette instruction judiciaire avait été initialement ouverte à la suite d'une injonction du Ministre d'État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, par sa dépêche n°780/LW936/ANL/CAB/ME/MIN/J&GS/2026 du 18 juin 2026.
Cependant, le Procureur Général a formellement acté qu'à ce jour, la preuve d'une quelconque implication des incriminés dans des faits de corruption ou de blanchiment de capitaux n'a pas été rapportée, rendant toute accusation de culpabilité parfaitement hasardeuse.
De surcroît, le Parquet Général a souligné que certains de ces faits avaient déjà fait l'objet, par le passé, d'instructions judiciaires ainsi que de décisions de justice définitives ayant conclu à un non-lieu. Cette position officielle du Parquet Général corrobore parfaitement les conclusions de l'enquête indépendante et minutieuse menée par la FBCP sur ce dossier. Nos investigations mettent en lumière une régularité procédurale antérieure absolue ».
« D'une part, l'acte de signification d'un jugement répressif définitif est intervenu le 10 octobre 2024, à la requête de la société Rawbank SA (immatriculée au RCCM de Kinshasa sous le numéro CD/KIN/RCCM/14-B-2385), agissant à la diligence de son Directeur Général, Monsieur Mustafa Rawji.
Ce jugement rendu par le Tribunal de Paix de Kinshasa/Gombe en date du 2 octobre 2024 sous le RP 31.819/1, a été régulièrement signifié par le ministère de Maître Michel Nkumu, Huissier/Greffier, aux prévenus Yusuf Muimudoin Shaikh et Dominic Wolfganga Freundorfer.
À la suite de cette décision, le certificat de non appel n°097/2024, certifié par le Greffier Divisionnaire André Kunyima Nsesa Malu, atteste qu'aucune voie de recours n'a été intentée, conférant à ladite décision l'autorité de la chose jugée.
D'autre part, sur le plan des enquêtes financières, l'ancien Inspecteur Général des Finances, Monsieur Jules Alingete Key, avait lui-même sollicité les conclusions des investigations initiées auprès des services spécialisés.
Par une correspondance officielle du 18 avril 2025 (référencée n°N/M 0866/CENAREF/SF 2025), le Premier Avocat Général près la Cour de Cassation, Monsieur Adler Betikayeye, notifiait formellement que les enquêtes approfondies menées par la Cellule Nationale des Renseignements Financiers (CENAREF) sur de prétendues collusions fiscales avec le Groupe Rawji n'avaient révélé aucun fait de blanchiment de capitaux à sa charge.
La FBCP rappelle, à cet effet, un principe cardinal du droit positif congolais : dès lors qu'un tribunal est régulièrement saisi du fond d'une affaire criminelle ou correctionnelle, les parquets se trouvent dessaisis de l'action publique sur ces mêmes faits ».
ABASOURDI.
Des questions que quiconque se pose et qui laisse pantois.
◗ 1. Comment expliquer, justifier, comprendre «l'ordre d'interdiction de sortie» du PGCC (n°2403/D.023/28177/PGCCAS/MVM/MUK/2026) du 20 juin 2026, et, en même temps, son «communiqué officiel» n°003/PGCCAS/2026 du 4 juillet 2026 ?
◗ 2. Comment et pourquoi le Procureur Général près la Cour de Cassation a, sans transition, d’un jour à l’autre, rétropédalé ?
◗ 3. Avait-il été manipulé par des proches et s’en est-il rendu compte tardivement ?
◗ 4. Comment donner de la légitimité et donc du crédit à un tel traitement de dossier ?
◗ 5. Le système judiciaire ne s’en trouve-t-il pas épluché ?
◗ 6. Si, ni Jules Alingete Key lui-même, ni nul autre individu, n’a jamais prétendu que l’ancien chef de l’Inspection Générale des Finances incarnait la perfection, ignore-t-on combien de ministres et mandataires publics, il avait fait mettre en prison ou avait fait revoir les ambitions à la baisse sur base de dossiers documentés de détournement des deniers publics ?
◗ 7. Ces ministres et ces mandataires publics ont-ils cessé d’être influents dans les rangées du pouvoir et des médias ?
◗ 8. Est-ce eux dont on connaît la capacité de manipulation qui ont réussi, par leurs hackers, trolls ou robots, à pirater le système judiciaire ?
Il faut espérer que rien de ce qui était arrivé en Italie au juge antimafia Giovanni Salvatore Augusto Falcone n'arrivera à l'ex-Chef de l'IGF.
D. DADEI.





