- lun, 07/09/2026 - 13:02
KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1674 | LUNDI 7 SEPTEMBRE 2026.
Parmi la multitude de dossiers révélés par le consortium d’investigation qui a mené l’enquête «Congo Hold-Up» révélée en novembre 2021 et qui repose sur l'analyse de plus de 3,5 millions de documents bancaires provenant de la filiale congolaise de la BGFIBank, travail titanesque de 19 médias internationaux dont Mediapart, Rfi, Le Soir et des ONG comme la PPLAAF et Public Eye, figure le scandale des passeports biométriques congolais.
Après neuf ans d’enquête, l'entreprise belge Semlex est donc face à la justice belge. Une nouvelle étape dans cette affaire aux ramifications belgo-congolaises. Fabriqués par cette société, les passeports congolais, inaugurés en 2015, faisaient partie des plus chers au monde : 185 $US, soit environ 160 euros.
Selon les révélations de «Congo Hold-Up», 60 $US par passeport auraient été détournés. La justice belge a décidé lundi 1er septembre 2026 de renvoyer quatorze inculpés devant un tribunal correctionnel.
DES MILLIONS DE $US DÉTOURNÉS.
Le directeur de l’entreprise Semlex, Albert Karaziwan et un ancien conseiller financier de l'ex-président Joseph Kabila Kabange, Emmanuel Adrupiako, sont les seuls inculpés dont les noms ont été pour l’instant rendus publics.
Les autres sont des cadres de Semlex, des intermédiaires financiers et des proches du régime Kabila. Leurs identités complètes restent protégées par le secret de l’instruction et la présomption d’innocence jusqu’à l’ouverture des audiences publiques.
Parmi les parties civiles figurent des citoyens congolais et des associations, dont la Fédération internationale pour les droits humains, FIDH. Son président, l’avocat Alexis Deswaef, a souligné la portée de ce renvoi devant la justice en déclarant ce qui suit: «C’est une première où une entreprise, ici en l’occurrence belge, est renvoyée avec son dirigeant et des collaborateurs devant le tribunal correctionnel ».
Pour l’avocat Alexis Deswaef, l’affaire dépasse le seul cas de Semlex. « Et là, c’est vraiment un signal extrêmement fort au niveau de la lutte contre la corruption transnationale où, finalement, des entreprises ici occidentales commettent des faits de corruption dans des pays africains, ici en l’occurrence au Congo ».
L’enquête a commencé en janvier 2017 après l’arrestation, à l’aéroport bruxellois de Zaventem, d’un intermédiaire dans le contrat des passeports qui transportait 400.000 $US en espèces.
C’est à partir de là que sont nés les soupçons de corruption et de commissions versées par l’entreprise belge à des responsables congolais haut placés. Au total, 60 millions de $US auraient été détournés.
Et les Congolais restent en attente. «Nous avons payé des passeports à 185 $US. Je ne sais pas comment nous pouvons récupérer notre argent», s'interroge un habitant à Kinshasa.
«Cette entreprise nous a beaucoup escroqué. Que justice soit faite. Je demande à notre justice de s’engager pour que l’argent qu’on m’avait escroqué puisse me revenir», insiste un autre, alors qu'un troisième charge plutôt le gouvernement Kabila.
«C’est le gouvernement qui a autorisé que cette entreprise puisse exploiter les gens. Le gouvernement doit veiller totalement».
ALUNGA MBUWA.





