Ebola Bundibugyo prend une ampleur inquiétante
  • lun, 06/07/2026 - 11:22

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1668 | LUNDI 6 JUILLET 2026.

Ebola Bundibugyo poursuit sa progression au Congo, avec un premier cas confirmé à Kisangani, capitale de la province de la Tshopo, dans la Grande Orientale, ville d'environ 1,5 million d'habitants, un test effectué sur la dépouille d'une femme de 24 ans a confirmé une infection par le virus Ebola.

Selon les dernières données de l'Institut national de santé publique, INSP, datées du 3 juillet, le pays a enregistré 1.502 cas confirmés et 473 décès, depuis le début de l'épidémie, soit une létalité globale de 31,5 %.

La riposte contre cette 17ème épidémie d’Ebola au Congo qui a franchi le seuil des 1.500 cas, a enregistré 213 guérisons, 628 patients en isolement ou hospitalisés, un premier essai de traitement à Bunia, mais la riposte reste entravée par l'insécurité.

Le document de l’INSP précise que ces données, tirées de la base DHIS2, restent susceptibles d’évoluer après nettoyage et harmonisation. L’Organisation mondiale de la Santé, OMS, qui valide les cas selon ses propres critères, fait état de son côté de 1.406 cas et 438 décès au 2 juillet, et d’une moyenne de 38 nouveaux cas confirmés par jour sur deux semaines. « Sous la direction du gouvernement, nous avons continué à renforcer la riposte », a déclaré son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, à Genève.

L’Ituri, Grande Orientale, à la frontière avec l'Ouganda et le Soudan du Sud, demeure l’épicentre, le principal foyer de l'épidémie, avec 24 zones de santé touchées. Le virus s'est propagé aux provinces voisines du Nord-Kivu placé sous surveillance prioritaire avec 11 zones et du Sud-Kivu, où la seule zone de Miti-Murhesa compte trois cas et un décès.
Les autorités sanitaires rappellent que les corps des victimes d'Ebola demeurent extrêmement contagieux et que les rites funéraires traditionnels constituent l'un des principaux vecteurs de transmission du virus.

LE HAUT UÉLÉ APRES LA TSHOPO.
Un nouveau décès et un cas de contamination ont été signalés ces derniers jours dans la province du Haut Uélé, également limitrophe de l'Ituri. L'épidémie, officiellement déclarée le 15 mai, est provoquée par le virus Bundibugyo, une souche d'Ebola pour laquelle il n'existe à ce jour ni vaccin homologué ni traitement spécifique. Des essais cliniques sont toutefois en cours de préparation afin d'évaluer de potentielles options thérapeutiques.

L'épidémie de maladie à virus Ebola prend du coup une ampleur particulièrement inquiétante et paraît désormais s'imposer comme l'une des crises sanitaires les plus fulgurantes de l'histoire récente du continent par sa vitesse de propagation initiale, selon plusieurs experts.

Dans son rapport épidémiologique quotidien, le ministère de la Santé a indiqué que «le nombre de cas confirmés augmentait d'une semaine à l'autre, traduisant une transmission continue de la maladie dans la communauté».
Les services du ministère ont également précisé que «l'intensification des mesures de santé publique, notamment en matière de surveillance épidémiologique et biologique ainsi que la décentralisation des capacités diagnostiques, avait contribué à une détection plus précoce, confirmant une transmission communautaire continue et accrue».

La gravité exceptionnelle de cette flambée virale a suscité une vive préoccupation au plus haut niveau des instances sanitaires internationales. «C'est le plus grand nombre de cas confirmés au cours du premier mois d'une épidémie de maladie à virus Ebola en Afrique», a déclaré le Dr Abdirahman Mahamud, directeur des opérations d'alerte et de riposte aux urgences sanitaires à l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), lors d'une conférence de presse à Genève.

Le haut responsable international avait fait état toutefois de «signes encourageants montrant que la riposte s'élargit pour suivre le rythme de propagation». Selon ses analyses techniques, «le nombre de lits de traitement est vite passé, lors des deux semaines surveillées, de quelques unités à plus de 500 lits répartis dans 19 zones de santé», ce qui démontre un déploiement logistique d'envergure. Cela étant, face à ce péril sanitaire imminent, l'exécutif national se mobilise directement sur le front.

Le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a annoncé qu'il se rendrait prochainement dans la province de l'Ituri, épicentre de l'épidémie, afin de suivre sur le terrain les opérations de riposte. «Je voudrais aussi (...) annoncer ici ma descente très prochaine dans la province de l'Ituri, justement, sur les lieux même de l'épidémie, pour faire le suivi personnellement», a-t-il déclaré explicitement lors d'une conférence de presse conjointe à Kinshasa avec le président burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l'Union Africaine (UA), marquant ainsi la dimension politique et solidaire de la gestion de cette crise régionale.

L'inquiétude est tout aussi palpable au-delà des frontières du pays, touchant de plein fouet les nations limitrophes. L'Ouganda, qui partage des frontières avec l'Ituri, épicentre de l'épidémie, a confirmé un nouveau cas d'Ebola, portant à 20 le nombre total de cas confirmés dans le pays, selon son ministère de la Santé.

Le tableau de bord en ligne du ministère ougandais fait état de 14 guérisons, de 4 patients actuellement pris en charge et de 2 décès. Sur le plan de la répartition épidémiologique, 5 cas sont locaux, tandis que 15 sont importés, confirmant le rôle majeur des mobilités humaines aux frontières.

Selon une mise à jour de l'OMS, «le risque en RDC demeure évalué comme très élevé en raison de la poursuite de la transmission et de l'extension continue de l'épidémie à de nouvelles zones de santé, ce qui accroît le risque de propagation nationale et régionale».

De la même manière, «le risque en Ouganda reste élevé en raison de la propagation transfrontalière confirmée par des cas importés et des liens épidémiologiques persistants le long du corridor entre l'est de la RDC et l'ouest de l'Ouganda», imposant une coordination humanitaire sans faille.

Lors d'une déclaration publique, la ministre des Affaires Sociale Eve Bazaiba a déclaré que si «Ebola atteint les zones de déplacés en RDC, le nombre de morts pourrait atteindre 1.000 par jour».
Rien que dans l'Ituri, épicentre de l'épidémie, plus d'un million de personnes déplacées vivent dans 69 zones, a-t-elle souligné.

Il faut souligner qu'à l'heure actuelle, la principale avancée reste thérapeutique. Le 2 juillet, un essai clinique baptisé PARTNERS, coordonné par l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) avec l’appui de l’OMS, a recruté son premier patient à Bunia.

Il évalue deux molécules, l’anticorps monoclonal MBP134 et l’antiviral remdesivir. La souche Bundibugyo, responsable de l’épidémie, ne dispose à ce jour d’aucun vaccin homologué ni traitement spécifique validé, ce qui donne à ces essais une portée particulière.

Le ministre de la Santé, Samuel Roger Kamba Mulamba, a fait état d’au moins 200 guérisons dans les trois provinces et résumé la stratégie gouvernementale par la formule « un seul plan, une seule équipe et un seul budget ».
Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a annoncé la mobilisation de 50 millions de $US par l’État, tandis que la Banque mondiale a décaissé 46 millions de $US et en a promis treize autres.

La riposte reste toutefois fragilisée par l’insécurité. Un centre de traitement du territoire de Mambasa, en Ituri, a été saccagé et incendié la semaine dernière, faisant deux morts et provoquant la fuite de patients. Sur le terrain, les centres de traitement sont saturés à 96 %.

Au moins deux cas ont été confirmés au camp de déplacés de Kigonze, à Bunia, qui abrite quelque 15.000 personnes. Pour renforcer la coordination, les Nations Unies ont nommé Julien Harneis, coordonnateur principal de la riposte, en poste à Bunia. En Ouganda, aucun nouveau cas n’a été signalé depuis le 21 juin.
ALUNGA MBUWA.


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