- lun, 29/06/2026 - 11:27
KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1667 | LUNDI 29 JUIN 2026.
Les Congolais savent-ils l'histoire de leur pays, la perpétuent-ils auprès de leurs enfants ? Savent-ils ce que Lumumba avait déclaré publiquement, solennellement à Léopoldville (Kinshasa), devant le Roi des Belges, Baudouin 1er, le 30 juin 1960, jour de la proclamation de l'Indépendance du pays, dans un discours improvisé et très applaudi ?
Une gifle portée contre les Belges, contre leur roi. «Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres.
Qui oubliera qu'à un Noir on disait «(tu)», non certes comme à un ami, mais parce que le «(vous)» honorable était réservé aux seuls Blancs. Nous avons connu que nos terres furent spoliées au nom des textes prétendument légaux qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort.
Nous avons connu que la loi n'était jamais la même selon qu'il s'agissait d'un Blanc ou d'un Noir :
accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres. Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques, ou croyances religieuses; exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort elle-même.
Nous avons connu qu'il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les Blancs et des paillotes croulantes pour les Noirs, qu’un Noir n'était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens; qu'un Noir voyageait à même la coque des péniches, aux pieds du Blanc dans sa cabine de luxe. Qui oubliera enfin les fusillades où périrent tant de nos frères, les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d'oppression et d’exploitation».
D'où la haine absolue que les Occidentaux lui nourrissaient. Dans la soirée, il avait certes rétropédalé mais les dés étaient jetés, son sort scellé. Savent-ils ce que Baudouin 1er avait dit aux Congolais ce jour-là? «Votre tâche est immense et vous êtes les premiers à vous en rendre compte.
Les dangers principaux qui vous menacent sont: l’inexpérience des populations à se gouverner, les luttes tribales, qui jadis ont fait tant de mal et qui, à aucun prix, ne doivent reprendre, l'attraction que peuvent exercer sur certaines régions des puissances étrangères prêtes à profiler de la moindre défaillance [...] ».
Ce qui nous arrive n'était-ce pas connu depuis une centaine d'années déjà, annoncé il y a une soixantaine d'années? Qu'ont fait les Congolais depuis, qu'a fait l'élite congolaise?
Les Congolais connaissent-ils l'histoire de leur pays, la perpétuent-ils à leurs enfants?
Savent-ils ce que Patrice Lumumba avait déclaré publiquement, solennellement devant le Roi Baudouin, le 30 juin 1960, jour de la proclamation de l'Indépendance du pays ? Une gifle portée contre les Belges, contre leur roi. D'où la haine absolue qu'il inspirait aux Occidentaux. Dans la soirée, il avait certes rétropédalé mais les dés étaient jetés, son sort scellé.
Savent-ils ce que Baudouin 1er avait dit aux Congolais ce jour-là, peu avant Lumumba? «Les dangers principaux qui vous menacent sont : l’inexpérience des populations (...), les luttes tribales (...), l'attraction que peuvent exercer sur certaines régions des puissances étrangères prêtes à profiler de la moindre défaillance [...]».
Ce qui arrive au pays aujourd'hui n'était-ce pas connu depuis une centaine d'années déjà, annoncé il y a soixante-six ans ? Qu'ont donc fait les Congolais, qu'a fait l'élite congolaise.
Devoir de mémoire...
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Les incidents survenus le 4 janvier 1959, à la suite de l’annulation du meeting de Joseph Kasavubu à la Place Young men Christian Association (YMCA), obligent le royaume de Belgique à accorder stratégiquement et de manière insoupçonnée l’indépendance au Congo-Léopoldville.
Que se cache-t-il derrière cette étonnante spontanéité de libérer un peuple après 80 ans d'une domination et d'une exploitation sans commune mesure ?
Les Congolais tombent sous les balles de l'Armée coloniale.
Les Congolais en ont assez de l'asservissement de l’autorité coloniale. Ils attendent une occasion pour l'exprimer ouvertement. Il est sûrement écrit quelque part que cet événement arriverait au moment le plus inattendu.
Contre toute attente c'est le 4 janvier 1959 qu'il survient. C'est à cette date que l'empire colonial belge est ébranlé sur ses bases. Et l'histoire coloniale belge est basculée. En effet, Joseph Kasavubu, leader de l'Alliance Bakongo (ABAKO) a prévu de s'adresser à ses partisans à la Place YMCA. Mais, alors que ces derniers s'y pointent, ils apprennent que le meeting vient d'être annulé à la toute dernière minute par l'autorité coloniale.
Cette décision malencontreuse ne peut que provoquer la colère de la foule qui refuse de se disperser. L'événement coïncide avec la d défaite de V.Club (0 à 3) face à Mikado au stade Baudouin. Les supporters de l'équipe vaincue regagnent leurs quartiers respectifs la gorge serrée. Ceux qui empruntent la voie passant devant la Place YMCA rencontrent une foule surexcitée. Ayant contenu la colère depuis le stade, ils vont se défouler en se mêlant au mouvement.
Comme un seul homme, militants de l’ABAKO et fanatiques de V.Club, dont le nombre s'élève à environ 35.000 personnes, se livrent aux casses et à la mise à sac des magasins et des boutiques appartenant aux Blancs dans les quartiers Focombel. La foule de manifestants, grossissant sans cesse, marche sur la ville européenne ou des églises sont touchées.
Cela provoque la peur chez les expatriés, si bien que la police intervient pour assurer leur protection. Mais la présence des forces de l'ordre sur le terrain ne dissuade pas pour autant les manifestants, déterminés à obtenir gain de cause. L'ampleur de la violence est telle qu'on tire à balles réelles, faisant des morts et des blessés. Léopoldville vit un véritable cauchemar en cette journée du 4 janvier. C'est dans la nuit profonde qu'une espèce d'accalmie va être constatée mais la peur demeure.
Informée, la métropole envoie une équipe d'enquête en vue de déterminer les responsabilités. Certains leaders de l'ABAKO sont mis aux arrêts. Des mesures qui n'étouffent guère les ambitions des Congolais de plus en plus grandissantes. Sans doute craignant le syndrome algérien, qui aura contraint la France à faire déplacer un contingent de 500.000 hommes en Algérie, le roi Baudouin, d'abord, puis le gouvernement belge feront des déclarations promettant l'indépendance.
La Belgique, doit-on le signaler, ne dispose pas d'une armée aussi pléthorique que celle de la France pour organiser une telle opération. En outre, il existe dans sa Constitution un article qui lui interdit d'envoyer des miliciens au Congo. L'opinion belge, le parti socialiste, les syndicats chrétiens n'admettraient jamais le départ au Congo des régiments chargés d'une action répressive.
Il faut trouver un accord avec les représentants congolais les plus en vue sur un programme qui pourrait conduire à l'indépendance. Jonglant avec le panier à crabes, Van Hemelryck, ministre du Congo belge modéré, parviendra à «obtenir» l'adhésion de tous les leaders congolais sur un plan qui accordera l'indépendance à la colonie de manière progressive.
Mais les tractations souterraines menées par la Belgique pour amener à Bruxelles des apprivoisés prouvent que l'intention du colonisateur était loin de celle qui ferait croire que ses intentions étaient bonnes.
La Table ronde de Bruxelles oriente le Congo belge vers l'indépendance.
Janvier 1960, le colonisateur a sorti de derrière le fagot une stratégie singulière, celle de désigner des participants à une table ronde lesquels devront rallier la capitale du royaume de Belgique.
Il s'agit de certains évolués étiquetés, de chefs coutumiers acquis à sa cause, à côté de quelques remuants congolais tenus à l'oeil qui s'agitent pour la lutte pour l'indépendance. Le 20 du mois commencent les travaux de la grande réunion qui tient lieu des négociations en vue de l'accession à la souveraineté internationale.
De ces assises, il ressort que la date du 30 juin est retenue pour le grand événement. Celui-ci devra être précédé par des élections (législatives et présidentielles). Un gouvernement, dirigé par un premier ministre issu de la majorité, sera mis sur pied. Outre les ministres de la majorité, il sera constitué par des leaders de grandes formations politiques.
Le Mouvement national congolais (MNC) de Patrice-Émery Lumumba a le vent en poupe. Il obtient, au cours des législatives de mai 1960, la majorité relative en raflant 41 sièges sur les 137 qui constituent le premier parlement congolais.
Lumumba, en tant que chef de la majorité parlementaire, est désigné pour former le gouvernement qui prêtera serment le 22 juin. Joseph Kasavubu, élu président de la République avec le soutien des affidés de Lumumba, aura la charge d'exercer les fonctions de chef de l’État pour une durée de cinq ans.
Au cours de son séjour à Bruxelles, Patrice-Émery Lumumba a découvert un jeune journaliste, nommé Mobutu. C'est l'assiduité de ce chevalier de la plume lors de ses conférences de presse, semble-t-il, qui l'a fort marqué. Il décidera d'en faire naïvement son secrétaire particulier d'autant que ce dernier affirme être un militant du MNC.
Patrice-Émery Lumumba « offense » Sa majesté le roi des Belges.
Le 29 juin 1960, le roi Baudouin arrive à Léopoldville en prévision de la fête de l’indépendance qui aura lieu le lendemain. C'est son deuxième voyage dans la capitale congolaise après celui de 1955.
L'ambiance n'est pas aussi amicale que cinq années plus tôt. Cette fois-ci, les Congolais, se rappelant certainement le massacre de l'année dernière, vouent une haine à l'homme belge. Même si le devoir de bon citoyen ne les autorise pas à afficher un comportement indigne à l'endroit de l'hôte de marque, surtout que la Belgique a décidé d'accorder l'indépendance, il va se passer une scène insolite à l'entrée de la grande avenue située non loin de la gare.
En effet, pendant que le cortège s'ébranle sous les applaudissements d'un grand public et les flashs des photographes, un homme, habillé en costume arboré d'une jolie cravate, sort brusquement de la foule et se dirige vers la voiture découverte qui transporte Baudouin 1er et Kasavubu. Il tire incroyablement du fourreau le sabre doré - symbole de l’autorité - suspendu à la ceinture du souverain belge et l’emporte. Une manière de montrer que le Congolais est devenu libre en cette fin du mois de juin 1960.
Ce qui vient de se produire est un affront qu'aucune autorité belge n'avait subi au cours de l’histoire coloniale. Bizarrement, le roi n'y réagit pas. Il est resté débout et a continué de saluer la foule comme si de rien n'était. Mais après lui, les soldats noirs et blancs se lancent à l'assaut de cet audacieux homme en mal du sensationnel et de glorioles. Au terme de mille et un efforts, ils le neutralisent et l'embarquent dans une jeep.
D'après des informations en provenance du camp Léopold, où il a été amené et entendu sur procès-verbal, le téméraire voleur du sabre s'appelle Ambroise Boïmbo. C'est un démobilisé de la Force publique. Originaire de Monkoto, dans la province de l’Équateur, il réside à Léopoldville sur l'avenue Kigoma n°144. Il n'avait pas l’intention de causer du tord à Baudouin Ier, mais voulait plutôt faire voir que le Congolais avait arraché le pouvoir au Blanc. Car dans l’armée, a-t-il fait savoir, l’épée symbolise l'autorité et n'est portée que par un chef.
Le souverain belge, qui a compris la vraie intention de son «agresseur», va intimer l'ordre de le relâcher. Cependant, la scène vécue sur le boulevard n'aura été qu'un prélude à la « bombe » qui va éclater le 30 juin, pendant la cérémonie.
Dans la grande salle du Palais de la Nation, l’assistance est conviée à suivre deux allocutions: celles du roi et du président de la République tel que prévu par le protocole. Dans la première, le souverain belge rend hommage au génie du roi Léopold II qui a conçu et entrepris une jolie œuvre avec un courage tenace, œuvre que la Belgique allait poursuivre avec persévérance.
Il y manifeste de manière insidieuse son inquiétude quant à l'incapacité des Congolais à se gouverner et à s'unir : « L'indépendance du Congo constitue l’aboutissement de l'œuvre conçue par le génie du roi Léopold II, entreprise par lui avec un courage tenace et continuée avec persévérance par la Belgique [...].
Votre tâche est immense et vous êtes les premiers à vous en rendre compte. Les dangers principaux qui vous menacent sont: l’inexpérience des populations à se gouverner, les luttes tribales, qui jadis ont fait tant de mal et qui, à aucun prix, ne doivent reprendre, l'attraction que peuvent exercer sur certaines régions des puissances étrangères prêtes à profiler de la moindre défaillance [...] ».
Dans la seconde allocution, Joseph Kasavubu témoigne sa reconnaissance à l'égard de la Belgique, ancienne métropole du Congo, grâce à laquelle les populations, qui jadis se sentaient peu proches les unes des autres, mais ont fini par se rapprocher : « Au moment solennel où la République du Congo se présente au Monde et à l’histoire pleinement indépendante et souveraine, au moment où nous ressentons intensément le caractère irrévocable et définitif du pas que nous franchissons, nous ne pouvons pas nous empêcher de mesurer la gravité de nos responsabilités et, dans une attitude de profonde humilité, de demander à Dieu qu’il protège notre peuple et qu'il éclaire tous ses dirigeants [...]
Bon nombre de populations vivant aux confins de ce vaste pays se sentaient peu proches les unes des autres. Vous avez bien voulu rappeler, Sire, combien le progrès des moyens de déplacement contribua heureusement à enserrer le pays dans un réseau d'échange qui servit aussi et grandement à rapprocher les hommes [...]
Sire, la présence de votre Auguste Majesté aux cérémonies de ce jour mémorable constitue un éclatant et un nouveau témoignage de votre sollicitude pour toutes ces populations que vous avez aimées et protégées. Elles sont heureuses de pouvoir dire aujourd'hui à la fois leur reconnaissance pour les bienfaits que Vous et Vos illustres prédécesseurs leur avez prodigués et leur joie pour la compréhension dans laquelle Vous avez rencontré leurs aspirations [...] ».
Le ton de ces doux et conciliants messages que Patrice-Émery Lumumba avait certainement (déjà) lus en copie, grâce au concours d'un ami belge, n’est pas de nature à plaire à n'importe quel citoyen ayant enduré un humiliant traitement pendant plusieurs années. Et, ne pouvant se contenir, le premier ministre improvise un discours en guise de réplique. Au-delà de la mise au point qu'il entend faire, son allocution sera une véritable gifle à l'endroit des Belges, à commencer par leur roi.
En effet, sur un ton cassant, il s'adresse directement aux Congolais faisant fi de la présence de l'hôte de marque dans la salle et fait le contre-bilan de la colonisation. Il dénonce les injustices, les insultes, les humiliations et d'autres formes des méchancetés dont les Congolais avaient fait l’objet :
«... À vous tous, mes amis, qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez ineffaçablement gravée dans vos cœurs, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants pour que ceux-ci à leur tour fassent connaître à leurs fils, et leurs petits-fils l’histoire glorieuse de notre lutte pour la liberté.
Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd'hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d'égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c'est par la lutte qu'elle a été conquise (applaudissements), une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n'avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang.
Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu'au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage qui nous était imposé par la force [...]. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres.
Qui oubliera qu'à un Noir on disait «(tu)», non certes comme à un ami, mais parce que le «(vous)» honorable était réservé aux seuls Blancs. Nous avons connu que nos terres furent spoliées au nom des textes prétendument légaux qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort.
Nous avons connu que la loi n'était jamais la même selon qu'il s'agissait d'un Blanc ou d'un Noir : accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres. Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques, ou croyances religieuses; exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort elle-même.
Nous avons connu qu'il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les Blancs et des paillotes croulantes pour les Noirs, qu’un Noir n'était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens; qu'un Noir voyageait à même la coque des péniches, aux pieds du Blanc dans sa cabine de luxe.
Qui oubliera enfin les fusillades où périrent tant de nos frères, les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d'oppression et d’exploitation (applaudissements). Tout cela, mes frères, nous en avons souffert.
Mais tout cela aussi, nous que le vote de vos représentants élus a agréé pour diriger notre cher pays, nous qui avons souffert dans notre corps et dans notre cœur de l’oppression colonialiste, nous vous le disons haut, tout cela est désormais fini [...]. Nous allons établir ensemble la justice sociale et assurer que chacun reçoive la juste rémunération de son travail (applaudissements).
Nous allons montrer au monde ce que peut faire l'homme noir quand il travaille dans la liberté et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l’Afrique tout entière. Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants. Nous allons revoir toutes les lois d'autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles.
Nous allons mettre fin à l'oppression de la pensée libre et faire en sorte que tous les citoyens jouissent pleinement des libertés fondamentales prévues dans la déclaration des Droits de l'Homme (applaudissements). Nous allons effacer efficacement toute discrimination quelle qu'elle soit et donner à chacun la juste place que lui vaudra sa dignité humaine, son travail et son dénouement au pays. Nous allons faire régner non pas la paix des fusils et baïonnettes, mais la paix des cœurs et des bonnes volontés (applaudissements).
«[...] Je demande à la minorité parlementaire d'aider mon Gouvernement par une opposition constructive et de rester strictement dans les voies légales et démocratiques. Je vous demande à tous de ne reculer devant aucun sacrifice pour assurer la réussite de notre grandiose entreprise.
Je vous demande enfin de respecter inconditionnellement la vie et les biens de vos concitoyens et des étrangers établis dans notre pays. Si la conduite de ces étrangers laisse à désirer, notre justice sera prompte à les expulser du territoire de la République. Si par contre leur conduite est bonne, il faut les laisser en paix, car eux aussi travaillent à la prospérité de notre pays.
L'indépendance du Congo marque un pas décisif vers la libération de tout le continent africain (applaudissements). Voilà, Sire, Excellences, Mesdames, Messieurs, mes chers Compatriotes, mes frères de lutte, ce que j'ai voulu vous dire au nom du gouvernement en ce jour magnifique de notre indépendance complète et souveraine (applaudissements).
Notre Gouvernement fort, national, populaire, sera le salut de ce pays. J'invite tous les citoyens congolais, hommes, femmes et enfants, à se mettre résolument au travail en vue de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique. Hommage aux combattants de la liberté nationale !
Vive l'indépendance et l’Unité africaine ! Vive le Congo indépendant et souverain ! (Applaudissements prolongés)».
C’est un discours de défis aussi ! Un discours programme qui déclenche des ovations nourries. Les plus zélés des Congolais sont excités et affichent des attitudes triomphalistes.
Cependant, il a jeté le froid sur les officiels belges, visiblement tétanisés. La brillante intervention vaut au premier ministre ovations certes mais est le signe avant-coureur de sa mort. Lumumba a offensé le roi. L’un des articles de la Constitution belge ne stipule-t-il pas que la personne du roi est sacrée? Pendant que le chef du gouvernement congolais jouait son numéro, Baudouin Ier, l'air surpris, parlait à l'oreille de Kasavubu. Il voulait certainement savoir si le protocole avait approuvé pareille chose.
Certaines personnalités congolaises présentes au Palais de la Nation - les proches du premier ministre particulièrement - affirment avoir eu vent du texte que prononcerait à l'improviste Lumumba, mais que ce n'était pas celui-là. D'où serait-il venu ce fameux texte et qui en serait l'auteur ?
Le roi Baudouin, ulcéré, menace de retourner à Bruxelles aussitôt après la cérémonie, question de ne pas subir un nouvel affront. Mais, ses hôtes l’en dissuadent, lui promettant de contraindre l'auteur de l’incident de prononcer une nouvelle allocution au cours du banquet prévu le soir, et ce, en guise de réparation.
Le texte de ce discours, dont la rédaction aura sans doute connu la participation de plusieurs mains, est plutôt conciliant et raisonnable, comme on peut le constater : « Sire, Excellences.
Au moment où le Congo accède à l'indépendance, le gouvernement tout entier tient à rendre un hommage solennel au Roi des Belges et au noble peuple qu'il représente pour l'action accomplie ici en trois quarts de siècle. Car, je ne voudrais pas que ma pensée soit mal interprétée (applaudissements).
Le Chef de l'État se recueillera avec Sa Majesté le Roi devant les tombes des pionniers comme devant la statue de Léopold II, premier souverain de l'État indépendant du Congo (applaudissements).
Depuis leur époque s'est édifiée une ville dont nous sommes fiers, que Messieurs les membres des délégations étrangères ont pu admirer et qui n'est qu'un aspect du Congo moderne.
Ces réalisations magnifiques, qui font aujourd'hui la fierté du Congo indépendant et de son gouvernement, c'est aux Belges que nous le devons (applaudissements). Au Congo, la Belgique a reconnu l’indépendance sans retard et sans restriction, une indépendance complète et totale.
Nous souhaitons que cette politique réaliste, qui fait aujourd'hui l'honneur de la Belgique à travers le monde entier, aboutisse à une collaboration durable et féconde entre deux peuples indépendants, souverains, égaux, mais liés par l’amitié. Je lève mon verre à la santé du Roi des Belges (applaudissements). Vive le Roi Baudouin, Vive la Belgique, Vive le Congo indépendant».
Ce nouveau discours du chef du gouvernement, quoique conciliant et courtois, ne suffit pas pour effacer complètement le camouflet infligé à Sa Majesté le roi des Belges. Les dés sont déjà jetés et le sort de Lumumba scellé. La Belgique donnera un exemple fort aux hommes politiques congolais dans le châtiment infligé à leur téméraire leader.
Le premier ministre limoge le général belge Émile Janssens.
Dans les milieux militaires belges, la colère est à son comble. On s'en rend compte lorsque, le 4 juillet à 8:00', le général Émile Janssens lance aux soldats sur un ton sec et ferme : «Après l’indépendance égale avant l’indépendance!».
Cette «équation» entraîne une réaction immédiate de la part des hommes en uniforme qui exigent l'africanisation des cadres et le départ de l'auteur de la phrase provocatrice. Le 5 juillet, le premier ministre décide d'éteindre le feu en s'adressant personnellement aux troupes. Malheureusement, son message ne convainc personne.
Les hommes de troupe n'entendent en aucun passage de son propos le limogeage de Janssens. Aussi quittent-ils leurs cantonnements pour se répandre dans la ville, sans armes mais en brandissant leurs ceinturons. Pour calmer les esprits, Patrice-Émery Lumumba retire le commandement de la Force publique à l’officier belge et procède à l’africanisation des cadres au sommet.
Victor Lundula, qui avait évolué pendant la Seconde Guerre mondiale comme auxiliaire médical, est nommé commandant en chef de l'armée ; Joseph-Désiré Mobutu, qui avait été pendant quelques années sergent-comptable dactylographe, est élevé au grade de colonel.
On lui confie les fonctions de chef d'état-major avec comme mission la réorganisation de l’armée. Justin Kokolo, l’un des rares Congolais à avoir atteint le grade d'adjudant, se fait octroyer le commandement du camp Léopold.
Par son acte héroïque, posé le 30 juin 1960, et par son désir de placer ses compatriotes sur le chemin du progrès, le premier ministre congolais entre dans l’histoire par la grande porte, celle de l’héroïsme et du patriotisme. Désormais, il s’attire sur lui tous les regards du monde.
Chaque fois qu'on évoquera le nom du Congo, on pensera plus à lui qu'à d'autres hommes politiques sans aucune vision sur l’avenir du pays ; des hommes politiques qui confondent l’indépendance du Congo à l’appropriation des biens laissés par les Belges ; des hommes politiques qui pensent à leurs propres intérêts.
En réagissant aux discours, jugés trop paternalistes du souverain belge et du chef de l'État congolais, le jour de l'indépendance, Lumumba avait voulu montrer que nul plus que lui n'était capable de débarrasser le peuple des émotions et des frustrations causées par plusieurs années d’oppression et d’humiliation. (...).
L'ODYSSÉE DE PATRICE LUMUMBA.
Lumumba est un danger qui menace les intérêts de l’Occident. Aussi, La Central Intelligence
Agency (C.I.A.), les Services belges et français mettent-ils tout en branle pour le neutraliser et l’effacer de la scène politique. Ils se servent des complices congolais pour ce faire. Après son élimination physique, ses compagnons vont subir le châtiment des plus atroces.
Moïse Tshombe proclame l'indépendance du Katanga. Patrice-Émery Lumumba suscite la peur dans les milieux belges. Nombreux d'entre eux, craignant des exactions, ont commencé à quitter le territoire congolais. Sur 8.200 fonctionnaires expatriés présents au Congo avant le 30 juin 1960, il en reste environ 1.600.
Encore que ceux-ci sont affectés à la seule province du Katanga. Mais pourquoi les Blancs installés dans cette partie du pays ne veulent-ils pas partir ? Certainement que quelque chose se prépare dans cette province. Les Services de sécurité saisissent des documents séditieux sur un sujet belge, lesquels révèlent que la partie sud-est du pays s'apprête à entrer en sécession.
Cela est prouvé le 11 juillet 1960, lorsque Moïse Tshombe, l'une des rares personnalités à avoir refusé le poste ministériel dans le gouvernement Lumumba, proclame, à Radio Collège d'Élisabethville, l'indépendance totale du Katanga. Il justifie son acte par la constitution d'un gouvernement central à majorité extrémiste et par l'institution d'un régime de terreur qui chasse ses collaborateurs.
Pour retirer le Katanga du giron national, il aura bénéficié d'un soutien considérable. En effet, un jour plus tôt, dix appareils belges venus de la base de Kamina se sont posés sur la plaine d’aviation d'Élisabethville et ont débarqué trois cents para commandos belges et soldats du bataillon de «Libération» qui devaient entrer immédiatement en action et nettoyer la ville des éléments tentant de faire échec à la proclamation de la sécession katangaise.
Pourtant, aux termes du traité d'amitié belgo-congolais, signé au moment de la proclamation de l’indépendance, les forces belges ne peuvent intervenir que sur la demande expresse du ministre de la Défense du Congo, en l'occurrence Patrice-Émery Lumumba. Ledit traité est tout simplement violé.
Le président de la République et le premier ministre décident de se rendre dans la capitale du Katanga pendant que le fer est encore chaud. Ils espèrent empêcher le dessein de Tshombe de se réaliser. Cependant, l'accueil qui va leur être réservé mettra à nu le rôle de la Belgique dans la balkanisation du Congo.
À l'escale de Kamina déjà, les militaires belges et beaucoup d'Européens civils, qui se trouvaient sur la plaine, traitent le président de la République et le premier ministre de macaques, comme le rapporte Lumumba : «Ils nous insultaient d'une façon incroyable. Mais quel avion nous a-t-on donné ?
Alors qu’il y a des avions convenables de voyage, on présente à notre chef de l’État un avion sans sièges, un avion des parachutistes dans lequel il nous était difficile de nous asseoir. Nous sommes partis de Kamina à 20:00' pour Élisabethville où nous sommes arrivés vers 22:00'. Et avant notre atterrissage, on a éteint les lumières.
Les militaires belges qui y étaient, ont donné l’ordre à l’aviateur de ne pas atterrir. Pourquoi ? Parce que le Katanga était indépendant, le chef de l'État et le premier ministre ne peuvent pas y mettre pied, disaient-ils. En survolant la ville, nous leur avons dit : le chef de l'État doit descendre, il est dans son pays.
Il est inconcevable que des militaires belges puissent défendre au chef de l'État de descendre chez lui. C'est comme si le roi Baudouin faisait voyage à travers la Belgique et qu'un monsieur quelconque lui disait : « Baudouin, vous ne descendez pas ici parce que ce pays ne vous appartient pas». Malgré notre insistance, ils ne voulaient rien entendre. Nous avons dû rebrousser chemin ».
L'avion va finir par atterrir, et le constat fait par le commandant Justin Kokolo est tout simplement amer : « Sur l’insistance du commandant de bord, l’avion a quand même atterri. Lorsque je suis descendu de l’avion, j'ai remarqué que toute la plaine d'aviation était entourée de militaires belges. Plusieurs de ces militaires se sont dirigés vers nous, armes à la main.
J'ai demandé de me rendre au camp militaire, cela m'a été interdit. Ils m'ont dit que tous les militaires congolais étaient gardés par les militaires belges. J'ai ensuite demandé de m'entretenir avec le président du gouvernement provincial du Katanga, M. Tshombe, cela m'a été également interdit, et il a été précisé que si je me rendais chez M. Tshombe, je serais fait prisonnier ; on m'a signifié que M. Tshombe était en conférence en vue de déclarer le Katanga indépendant.
On m'a fait remarquer que la nouvelle selon laquelle le président de la Républipue et son premier ministre avaient l'intention de se rendre à Élisabethville était déjà connue et que dans le cas où ils arriveraient ils seraient fait prisonniers ».
La sécession katangaise sera effective avec bien sûr la complicité et l’aide militaire de la Belgique. L’appel aux Nations unies paraît une solution salutaire. C’est pourquoi, sans plus tarder, Kasavubu et Lumumba signent ensemble (un) télégramme dont le destinataire est le secrétaire général de l’ONU.
Une copie est réservée à son représentant à Léopoldville, Ralph Bunche. « Le gouvernement de la République du Congo sollicite envoi urgent par organisation O.N.U. d’une aide militaire. Notre requête est justifiée par envoi au Congo de troupes métropolitaines belges en violation traité amitié signé entre Belgique et République du Congo 29 juin dernier.
Aux termes de ce traité, les troupes belges ne peuvent intervenir que sur demande expresse du gouvernement congolais. Cette demande n'a jamais été formulée par le gouvernement de la République du Congo. Considérons action belge non sollicitée comme acte d'agression contre notre pays. Cause réelle plupart troubles être provocation colonialiste. Accusons gouvernement belge avoir minutieusement préparé sécession katangaise dans but garder main sur notre pays.
Gouvernement appuyé par peuple congolais refuse être placé devant fait accompli résultat de conspiration tramée par impérialistes belges et petit groupe leaders katangais. Écrasante majorité population katangaise est opposée à sécession qui signifie perpétuation déguisée du régime colonialiste. Aide militaire sollicitée a pour but essentiel protection du territoire national contre actuelle agression extérieure menaçant paix internationale. Insistons vivement sur extrême urgence envoi troupes O.N.U. au Congo ».
Le 14 juillet 1960, le Conseil de Sécurité vote une résolution conforme au vœu du gouvernement congolais. Il demande à la Belgique de retirer ses troupes du territoire de la République du Congo et décide d'autoriser le secrétaire général à prendre les mesures nécessaires en consultation avec le gouvernement Lumumba pour fournir à ce dernier toute l'assistance militaire qui peut être nécessaire jusqu'à ce que, par les efforts du gouvernement congolais avec l’assistance technique des Nations unies, les forces de sécurité puissent être en mesure, de l’avis du gouvernement, de faire face pleinement à leurs tâches.
Le gouvernement belge, n'ayant pas la volonté de retirer ses troupes, affirmera ne pas comprendre le contenu de cette résolution. Le premier ministre Eyskens donne une thèse en contradiction manifeste avec la résolution du Conseil de Sécurité et la requête du gouvernement congolais : « L'ONU a envoyé des troupes pour maintenir l’ordre et il serait inconcevable que l’ONU intervienne pour ou contre l’indépendance du Katanga ».
L'incompréhension, l'entêtement, pire la mauvaise volonté du gouvernement belge, poussent à nouveau le Conseil de Sécurité - saisi bien entendu par le gouvernement de la République du Congo - à voter, le 22 juillet, à l'unanimité, une seconde résolution dans laquelle il est demandé aux forces belges de se retirer « rapidement ».
La situation au Katanga est visée expressément : «Le Conseil invite tous les États membres à s'abstenir de toute action qui pourrait empêcher le rétablissement du droit et de l’ordre ainsi que l'exercice par le gouvernement du Congo de son autorité et aussi s'abstenir de toute action qui pourrait porter atteinte à l'intégrité et à l’indépendance politique de la République du Congo».
Kalonji emboîte le pas à Tshombe.
Alors que la date du débarquement des forces de l'O.N.U. au Katanga est fixée au 6 août, Dag Hammarksjöld se rebiffe. Il préfère envoyer à Élisabethville son adjoint, Ralph Bunche. Et là, l'émissaire du secrétaire général ne voie pas Moïse Tshombe en tête-à-tête. Il est « embrigadé » par les conseillers européens du leader sécessionniste.
Curieusement, il annonce que l’arrivée des forces de l’O.N.U. dans cette province sera reportée. En conséquence, le Conseil de Sécurité est convoquée pour la troisième fois. La résolution prise au cours de la réunion du 8 août est un véritable tournant dans la crise congolaise.
Le Conseil de Sécurité, tout en invitant la Belgique à retirer immédiatement cette fois ses troupes de la province du Katanga, «réaffirme que la force des Nations unies au Congo ne sera pas partie à un conflit intérieur quelconque, constitutionnel ou autre, n'y interviendra pas et ne sera pas utilisée pour en influencer l'issue ».
Cette résolution vient remettre en question les deux précédentes. L'entêtement des Belges a payé. Non seulement elle consolide la sécession katangaise, mais aussi fait-elle propager le virus aux alentours du Katanga. Non loin de la province en sécession, Albert Kalonji, qui a rompu avec Patrice-Émery Lumumba avant la Table ronde de Bruxelles, est soutenu par les responsables de la Forminière (Société intemationale Forestière et Minière du Congo) qui lui suggèrent d'entrer en sécession afin de gérer les richesses du Kasaï. La Forminière est, comme l'Union minière du Katanga, une filiale de la Société Générale de Belgique.
D'ailleurs, elle est dirigée par le même président que l’Union minière, en l'occurrence Paul Gillet. Cela donne du poil de la bête à Kalonji qui approuve le complot. Ses ministres bénéficieront des bâtiments pour le travail, et lui-même aura à sa disposition une belle résidence et des fonds importants. Un apport amplement suffisant pour proclamer, le 9 août 1960, l'indépendance de l'État minier du Kasaï.
Avec cette nouvelle sécession, le Congo se voit priver du revenu des mines de diamants après celui de son cuivre.
Le retrait du Sud-Kasaï du giron national est une «affaire intérieure» dans laquelle l’O.N.U. n'interviendra pas. Patrice-Émery Lumumba, informé des manœuvres de l'O.N.U, avait déjà déclaré de la Guinée où il se trouvait :
«Je n'ai pas compris pourquoi le secrétaire général de l'O.N.U, au lieu d'envoyer des forces de I'O.N.U. au Katanga, a préféré parlementer pour la mise en application de la décision du Conseil de Sécurité. Devant cette attitude, nous estimons que le secrétaire général n’a pas joué son rôle dans cette affaire. Le gouvernement du Congo est, dans le cadre de sa souveraineté, décide à prendre responsabilités, et nous allons nous débrouiller nous-mêmes.
Aux Américains, aux Russes et à tout le monde, je dis que l’Afrique demeurera l'Afrique et qu'il n'y a qu'une voie pour sa prospérité, c'est la consolidation de son unité».
Ainsi, au lendemain du vote de la troisième résolution, le gouvernement Lumumba procède à la concentration de meilleures troupes, dont il dispose au Kivu et au Kasaï, en vue de lancer une offensive dans les provinces en sécession. Sous le commandement du général Victor Lundula, la sécession du Sud-Kasaï vole en éclats en moins de 48 heures.
Les forces gouvernementales pénètrent par la suite dans la partie Nord du Katanga où, rejointes par des Balubakat hostiles à Tshombe, foncent sur le Sud, fief de l'Union minière, et font tomber le régime sécessionniste installé depuis quelques semaines avec la complicité des Beiges.
Curieusement, la sécession katangaise cesse d'être une affaire intérieure. L'O.N.U impose un cessez-le-feu, suivi d'un retrait des troupes. Dans l'esprit de Dag Hammarksjöld, il faut interrompre l'action militaire en cours sans toutefois retirer le territoire en sécession dans le sein de l’État congolais.
Lumumba est victime d'un complot qui consiste à faire tomber son gouvernement. Pour y parvenir, l'Occident utilise des agents à l'intérieur du Congo même. Le premier n'est autre que Mobutu, celui-là même que le premier ministre avait élevé au grade de colonel pour réorganiser l'armée.
On ne peut pas comprendre qu'un officier supérieur qui, sans l'ordre de son gouvernement, sans l'accord du ministre de la Défense et au mépris de l'autorité de son commandant en chef - le général Lundula est à Luluabourg plus près du terrain des opérations -, puisse prendre la responsabilité d'interrompre le cours des combats.
L'acte du colonel Mobutu a comme conséquence, la réinstallation, à Bakwanga, du gouvernement d'Albert Kalonji et la consolidation de la sécession katangaise. Il sera en grande partie responsable de la détérioration des relations entre l'O.N.U et le gouvernement Lumumba.
Joseph-Richard Kazadi, Les premiers ministres congolais devant le Tribunal de l'Histoire, éd. Compodor, Kinshasa, 2014.





