À l'hôtel Castille à Paris, lancement du livre de Tryphon Kin-kiey Mulumba
  • mer, 04/02/2026 - 09:22

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1657 | MERCREDI 4 FÉVRIER 2026.

Ce jour-là, pour la grande salle de l'hôtel Castille, le Cherche Midi avait distribué une cinquantaine de cartons. À la suite de difficultés d'obtention de visa d'entrée dans l'espace Schengen, on comptait une quarantaine de personnalités. Elles étaient issues de médias et de la société civile, congolaise, française et belge. Ce 27 janvier 2026, l'essentiel des invités était là, à proximité de la place Vendôme, célèbre place royale du 1er arrondissement de Paris, et l'hôtel Ritz, avec ces boutiques de luxe, près du jardin des Tuileries, de l'église de la Madeleine, à proximité de la rue de Rivoli et de l'Opéra Garnier, à un jet de pierre du Palais de l'Élysée.

C'est sur cette rive droite que Tryphon Kin-kiey Mulumba avait consolidé sa connaissance du métier de journaliste. Deux stages boulevard des Italiens, au quotidien Le Monde, puis rue du Louvre, au Centre de formation et de perfectionnement des journalistes avant de traverser la Seine, pour la rive gauche, dans le Quartier Latin où il fit ses études de doctorat à Science Po, à Paris 1-Panthéon Sorbonne.

La maison d'édition Le Cherche Midi a choisi l'hôtel Castille, 5 étoiles, pour la cérémonie de lancement dans la soirée de l'ouvrage de Tryphon Kin-kiey Mulumba, «Une histoire du Congo, de Mobutu à Tshisekedi, ce que je sais».

L'équipe d'édition du Cherche Midi était là, Philippe Héraclès, le fondateur de la maison d'édition, l'éditrice Suzette Durand, Anne Testuz, des invités dont certains amis de Tryphon Kin-kiey Mulumba venus la veille ou le jour même de Kinshasa ou de Bruxelles parmi lesquels Steve Kabasele Kabalu, Thierry Claes Bouaert, Louis-Richard Mulumba Asaheba, Jacques Tshilembe Musansa, Thierry Kambundi Kafuti, mais aussi ses enfants Djo, Dah, Igor, Amih, Chris, Lise, des journalistes français, etc.

Si les organisateurs ont regretté l'absence d'une dizaine d'invités qui n'avaient pu recevoir le visa Schengen - ce qui n'a pas permis leur arrivée à Paris -, cela n'a nullement perturbé le programme.

Après l'introduction de Philippe Héraclès suivi d'un mot de l'éditeure Suzette Durand, ce fut le défile des témoignages. Thierry Claes Bouuaert, le président de l'Asbl Mémoires du Congo qui, dans une autre vie, fit sa vie comme Corporate manager à la banque Belgolaise. Steve Kabasele Kabalu, le fondateur de l'agence de voyages Acrep.

Jacques Tshilembe Musansa, l'homme de l'aviation civile. Amih Kin-kiey, la fille aînée de Tryphon Kin-kiey Mulumba, qui céda la parole à son père. Ci-après, extrait du texte de Tryphon Kin-kiey Mulumba.

Très cher Philippe ;
Très chère Suzette ;
Très chère Anne ;
(Ces trois personnalités exceptionnelles de Cherche-Midi) avec lesquelles je suis resté en contact permanent ces huit derniers mois, depuis le vernissage à Kinshasa du énième livre de mon frère aîné George Arthur Forrest),
Mes très chers enfants Djo, Dah, Igor, Amih, Chris, Lise.

Mesdames et Messieurs, très chers Invités,
Ce fut un mercredi, le 14 mai 2025 à Kinshasa à l’hôtel Fleuve Congo.
Le Chef de l’État avait honoré de sa présence cette cérémonie de vernis-sage du livre «l’Afrique peut nourrir le monde», qu’il présidait. Que de personnalités congolaises et étrangères triées sur le volet, invitées et présentes physiquement !

Après les très brillants discours prononcés dans la grande salle des spectacles du Fleuve Congo Hotel, et après que Président ait arrosé de gouttes de vin de Champagne, en guise de baptême, une copie de l’ouvrage, ce qui marque l’entrée de ce livre dans le monde, nous quittons l’auditorium et montons à l’étage juste au-dessus où un cocktail est servi.

Le Chef de l’État et George Arthur Forrest s’isolent un moment et quand ils font leur entrée dans la grande salle où a lieu le cocktail, entre la foule des invités et la table mange-debout du Président et de George Arthur aménagée par le protocole d’État, il y a peut-être six mètres.

En prenant place à sa table, et en jetant son regard vers la foule de personnalités présentes, le Chef de l’État ne voit que moi. Il me fait signe de venir vers lui.
Il y avait en moi frayeur, surprise, bonheur absolu. Qu’est-ce qui m’est arrivé!

Même si je parlais, je conversais de temps en temps avec le Président, qu’est-ce qui m’arrive ce jour-là ?
En quittant ce palace 5 étoiles érigé sous Mobutu en 1972, qui abrita longtemps le CICZ, le Centre International du Commerce du Zaïre, transformé en 2012 par une entreprise chinoise pour, a-t-on dit, loger les Chefs d’État invités au Sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie, en tête le président français François Hollande, l’une des hôtesses d’accueil d’une colonne, débarquée la veille du Katanga, vêtues de cet uniforme légendaire katangais, me remet un gros sachet cartonné et, dedans, je découvre un exemplaire de ce livre-événement préfacé par l’ancien président sénégalais Macky Sall.

Mais avant d’en venir au contenu, je m’arrête comme c’est normal au contenant, la forme, la présentation, le papier.
Je suis ébloui !

Depuis trois ans, j’avais un livre qui cherche éditeur. Mais mon souci était de trouver, parmi cette multitude de maisons d’édition, un éditeur à Paris respectable, voire très respectable, reconnu à l’échelle mondiale.

Le lendemain je reprends contact avec mon aîné George, toujours aussi debout, toujours aussi en action.
Je lui demande de me mettre en contact avec cet éditeur dont le travail qui m’impressionnait tant. Il me demande de lui faire parvenir mon manuscrit en dur à son bureau en Belgique. Il appréciera et m’assurait que le cas échéant, il l’enverrait chez cet éditeur qui lui a déjà édité bien de livres et dont il me dit tout le bien.

Aurais-je imaginé une seconde que George Arthur Forrest ait choisi un quelconque éditeur à Paris ?
Il me restait à faire envoyer mon lourd texte de 1 ou 2 kilo (s) imprimé sur du papier A4, à le faire valider par George qui l’enverrait peut-être après à Paris à Cherche-Midi, que l’éditeur français ferait examiner par le comité de lecture et, si la chaîne se concluait positivement, à entamer la longue marche.

Chers Sœurs, chers Frères, mes enfants ici présents, voici arrivé ce moment tant attendu.
Comment ne pas remercier Dieu le Père Tout Puissant qui, pour nous les Croyants, est le Maître des Temps et des Circonstances. Le seul qui rend tout possible.

Comment ne pas vous remercier, Chers invités pour votre présence en ces lieux, et, en même temps, ceux qui, pour une raison ou une autre, n’ont pu faire le déplacement de Cherche-Midi.

« Une histoire du Congo, de Mobutu à Tshisekedi, ce que je sais ».
Mon préfacier, le Professeur Évariste Boshab Mabudj-ma-Bilenge en dit quelques mots.

De Kitoy, dans Masimanimba à Léopoldville aujourd’hui Kinshasa, d’une école de brousse au très renommé Collège Albert 1er, à Léopoldville, d’un appartement d’un géant immeuble en ville, le long de la plus belle avenue du pays, le boulevard du 30 juin, où cloîtré, assis sur un bahut je dévorais pour la toute première fois deux tranches de pain grillé enrichi d’une confiture de framboise quand le propriétaire blanc fait irruption dans la cuisine, me voit et éclate de rage sur mon oncle Théophane Mubalu qu’il veut dévorer, lui intime l’ordre de jeter immédiatement dehors « ce petit garçon » mais qui se rétracte lorsqu’il apprend qu’il s’agit d’un élève qui avait tant faim.

Et quand le blanc se rend compte que « le petit garçon » était en effet élève au Collège Albert 1er où il rêvait d’enseigner mais où il avait été refusé après un test, le Blanc ne comprit rien à la vie.

Le neveu de son boy (le mot utilisé à l’époque pour désigner le domestique) était élève à cette école qui n’accueille que les enfants des Blancs et ceux de la nouvelle élite congolaise…, c’est quoi ça la vie… Voilà comment commença ma vie, la vie de Tryphon Kin-kiey Mulumba, fils de magasinier de la Compagnie de l’Équateur et du Kasaï, une compagnie d’huile de palme, qui fut notre Gécamines, Tryphon Mulumba, fils de brousse.

Yasa, l’école primaire et secondaire d’une mission catholique, chez les frères Joséphites ; Collège Albert 1er chez les pères jésuites à Léopod-ville ; rewriter au journal Le Progrès d’articles en format papier sortis de machines à écrire Remington, amené chez Raphaël Mpanu-Mpanu par Claude Azzam, le Blanc qui me découvrit des talents ; deux stages à Paris, au journal Le Monde ; CFJ, avenue du Louvre, où je suis admis après un concours de bourse d’études ; Science Po, Paris 1 Panthéon-Sorbonne, toute la filière jusqu’au doctorat ; Londres à Africa Journal Ltd ; l’agence mondiale Reuters, treize ans ; jeté deux fois dans des geôles de Mobutu à la suite de dépêches de Reuters dont l’une lue et complétée au jt de 13:00’ de TF1 de l’emblématique Yves Mourousi. Entre-temps, que des rébellions, que des guerres au Zaïre, au Congo. Que des conflits en interne, que du désordre politique, etc.
J’ai vu, j’ai vécu, je sais.

Jusqu’à décider seul - oui seul - à annoncer le départ de Mobutu de Kinshasa et du pouvoir.
Quelle inspiration ?
Quel risque pris ?
Que dire du Zaïre, du Congo aujourd’hui ? Pourquoi ces guerres qui n’en finissent pas ? Pourquoi un pays doté de tout, si puissant naturellement, économiquement, est-il si humilié, depuis des décennies ?

La faute à l’étranger ? La faute aux Congolais eux-mêmes ?
Ma conviction est faite, forte : la faute aux Congolais eux-mêmes, la faute à l’élite politique nationale, la faute à nos faiblesses récurrentes.

Quand j’entends ces derniers temps ces phrases qui raisonnent si fort ces derniers temps en Europe et dans le monde - telles tel «pays n’est pas à vendre», «les Européens répondront de façon unie et coordonnée», «nous ne nous laisserons pas intimider», «nous sommes déterminés à défendre notre souveraineté», «aucune intimidation ni menace ne saurait nous influencer ni sur ceci, ni sur cela par quelque État Puissant», «seule la force peut garantir la paix», «être fort pour être dissuasif», « si la souveraineté d’un pays européen et allié, était touchée, les conséquences en cascade seraient inédites… », etc., etc.

Moi, je dis ces phrases sont à mettre sur de géants panneaux à Kinshasa et dans nos villes pour une prise de conscience collective des Congolais.

Très cher Philippe ;
Très chère Suzette ;
Très chère Anne,
Mes très chers enfants présents,
Mesdames et Messieurs, nos très chers Invités

Comment terminer ce mot sans vous mettre dans le bain de cet ouvrage en vous lisant un extrait du texte de mon préfacier, le Professeur Évariste Boshab Mabudj dont je regrette l’absence - et qu’il regrette aussi, lui-même - à cette cérémonie ?

Je cite : « Livrer une part secrète de sa vie, procéder à une introspection et re-monter la source du temps ne semble pas un art facile, et ce, pour deux raisons. Il y a d’abord l’autocensure, des détails que l’on doit emporter dans sa tombe, qui ne doivent en aucun cas être dévoilés ni révélés.

Quels sont ces détails ? On les devine, non pas aux traces d’inachevé laissées dans son sillage comme autant de preuves, mais grâce au pressentiment suivant lequel, dans tout récit lors de sa relecture, demeure une certaine part de mystère. Il y a ensuite le risque de l’histoire immédiate.

La plupart des acteurs étant vivants, pour ne pas les vexer, puisque toute vérité n’est pas bonne à dire, nous sommes parfois forcés de poser des lucarnes là où de larges fenêtres apporteraient davantage à la beauté de l’édifice. Faut-il pour au-tant craindre des réactions en cascade et se contenter du silence ? Écrire est un acte de responsabilité qui peut provoquer des tornades, des évanouissements, des rancœurs, ou soulever des montagnes.

Est-ce une rai-son suffisante pour se murer dans le silence ? Se retrancher dans le confort douillet, derrière des murailles «protectrices» tel un spectateur est une posture coupable, d’immobilisme et d’inaction. Au contraire, artisans et artistes créent et recréent pour apaiser les passions humaines, trouvent des solutions, remplissent les fontaines d’eau douce afin que les générations futures reprennent leur destinée en main, ou la lutte puisqu’on leur laisse de quoi faire… »

«Une histoire du Congo, de Mobutu à Tshisekedi, ce que je sais», est-il un livre de science politique, de sociologie, d’histoire, une autobiographie, des mémoires, une page brillante de la géopolitique du Congo ou simplement le témoignage d’un homme, d’un intellectuel épris de paix, fatigué de la marche à reculons, chaotique, de son pays ?

Cloisonner peut parfois être éclairant pour les progrès de la science, mais comporte par moments un désavantage certain : cela nous fait appréhender le monde comme si tout était figé, alors que la loi du changement - prônant que tout est mouvement - paraît être la seule qui ne change pas.

C’est le piège de l’intellectualisme dans lequel le Professeur Tryphon Kin-kiey Mulumba refuse d’être entraîné. Par son parler vrai, il évite les frontières artificielles et nous plonge dans un monde presque féerique où les images, les gestes, les voix, les échos, les ombres, les noms interpellent plus que les paroles.

Construire cette immense république nécessite de mettre en place des politiques publiques efficaces, de prévoir de grands travaux afin de bâtir de nouvelles villes, de jeter des ponts, de développer des routes et voies ferrées, le transport aérien, lacustre et fluvial, mais surtout de ne jamais perdre de vue la volonté de bien vivre ensemble.

Les programmes mis en place («Retroussons les manches», «Objectif 80», «Plan Mobutu», «Cinq chantiers», «Programme de cent jours du président de la République » ne sont que des écrans de fumée et ne peu-vent qu’inspirer la révolte. On doit responsabiliser les gouvernants !

Ils marginalisent le devoir de «redevabilité», ciment indispensable d’un État multiethnique qui se cherche vainement et titube depuis le 30 juin 1960. Virtuose de la parole, rompant ainsi avec l’époustouflante oralité qui caractérise les élites congolaises, Tryphon Kin-kiey Mulumba fait une entrée remarquable au jardin des immortels.

Espérons que ce brillant essai mettra tout le monde d’accord sur l’indigence de la pensée face aux urgences, qui condamnent la RDC, à la longue, à devenir un État failli. Au cours de ses pérégrinations de journaliste, d’universitaire, de parlementaire et de ministre, Tryphon Kin-kiey Mulumba a appris et acquis la même certitude que Patrice-Émery Lumumba : l’histoire du Congo ne s’écrira plus à Bruxelles ni à Paris, encore moins à Washington, mais plu-tôt au Congo et par les Congolais. Il livre ainsi à ses contemporains et aux générations futures un document de première main servant de témoignage aujourd’hui et de boussole demain ».

« L’antagonisme entre Chinois et Américains sur les matières premières non transformées de la RDC, on peut s’en douter, traduit le statut de colonie internationale assigné au pays depuis l’État indépendant léopoldien jusqu’à ce jour.

Il appartient aux Congolais, au lieu de rester muets, d’exprimer leurs souhaits, d’affirmer leur indépendance, non par des cris et des danses, mais par leur génie créateur afin d’inspirer confiance et respect.

Ce livre nous donne de précieuses clés de compréhension pour saisir justement ce qui rend la République cachectique et son peuple indolent. La RDC aujourd’hui est comme un port où aucun navire n’apparaît plus à l’horizon.

Rendons hommage à l’auteur pour son initiative et souhaitons une longue vie à cet ouvrage, qui redonne espoir en la possibilité de re-trouver un Congo, et un Congo plus beau encore qu’il ne l’était avant ».
Fin de citation.

Très cher Philippe ;
Très chère Suzette ;
Très chère Anne,
Mes très chers enfants ici présents, Mesdames et Messieurs, nos très chers Invités,

Merci encore à vous.


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