Congo Airways se dote d'un avion Airbus A320
  • mer, 04/02/2026 - 05:50

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1657 | MERCREDI 4 FÉVRIER 2026.

Longtemps placée aux soins intensifs en passe, après des mois voire des années de disparition des radars, de prendre le chemin de la morgue, la compagnie aérienne nationale est désormais en position de décollage. Samedi 31 janvier 2026, Congo Airways SA a présenté un nouvel avion, un Airbus A320 qui porte le nom du Sphinx, Étienne Tshisekedi. Un avion pouvant transporter de 140 à 180 passagers et susceptible d'embarquer jusqu'à 194 passagers dans des configurations haute densité. Sacrée aubaine pour le transport aérien national.

Le Conseil d'Administration de Congo Airways SA, société du portefeuille de l'État, que préside Jean-Bertrand Ewanga Is'Ewanga, aura été pour beaucoup dans cette miraculeuse résurrection.

Nul ne douterait de cela au vu de la carrure politique d'un homme qui sait franchir des portes et peser de tout son poids quand il en a l'occasion.

NUL DOUTE AUX COMMANDES...
Jean Bertrand Ewanga Is'Ewanga n'est-il pas connu pour avoir été à la base du énième départ d'un Directeur général de la compagnie aérienne nationale, à savoir, José Lueya Dubier, unanimement accusé par les membres du Conseil, de «faute de gestion, de négligence dans le processus de relance de l’exploitation des activités de la société, d’abus de pouvoir, de non-application des décisions, recommandations et directives du Conseil d’Administration, d’incompétence dans la gestion des finances et des ressources humaines de la société, d’incapacité de présenter régulièrement des états financiers fiables de la société»?

Dans sa décision, le président du Conseil d'Administration avait invoqué l'Acte uniforme de l'Ohada relatif au droit des sociétés commerciales et du groupement d'intérêt économique en son article 492, que l'alors ministre du Portefeuille, Jean-Lucien Bussa Tongba, avait vite rejeté dans un courrier daté du 29 juillet 2024, brandissant l'article 912 du même acte uniforme, qui dispose que « les lois et règlements du pays en la matière s'appliquent aux entreprises publiques transformées en sociétés commerciales » outre l'article 13 alinéa 1 de la loi n°8/010 du 7 juillet 2008 fixant les règles relatives à l'organisation et à la gestion du portefeuille de l'État. Mais cela n'avait guère suffi puisque le Directeur général avait fini par prendre la porte...

Les agents et cadres de Congo Airways représentés par l'Intersyndicale avaient d'ailleurs, dans un mémo adressé au Chef de l'État, désavoué José Lueya Dubier.

« Nous, agents et cadres de Congo Airways SA, avec le Conseil d'Administration, considérant que les responsabilités attribuées au Directeur général, M. Dubier sont utilisées abusivement, optons au travers de ce mémo, son désaveu avant que la situation ne devienne irréversible», avaient-ils écrit.

Et le texte de poursuivre : « Il gère la compagnie en mode familial. Toutes les grandes décisions sont prises par lui, sa femme et son beau-frère, remettant en cause les attributions de différents directeurs.

De tout ce qui précède, dans l'intérêt de la République en général et de la compagnie Congo Airways en particulier, nous sollicitons la désignation par votre compétence à la tête de Congo Airways d'un fils maison qui maîtrise la gestion d'entreprise, les questions administratives, techniques et financières (...)

Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l'État et garant du bon fonctionnement des institutions de l'État, tout notre espoir reposant sur l'esprit de changement que vous incarnez et l'État de droit que vous prônez».

Créée le 15 août 2014 par le gouvernement Matata Ponyo Mapon après la fin des Lignes Aériennes Congolaises, LAC, intervenue en 2013, Congo Airways avait pourtant, lors de son premier vol commercial intervenu le 20 octobre 2015, affiché quelques ambitions. Elle disposait alors de deux Airbus A320-200 achetés d'occasion auprès de la compagnie aérienne italienne Alitalia.

Que de problèmes de gestion peu après! En 2016, Congo Airways SA reçut deux Dash 8-0400 et, en 2022, deux Boeing 737-800 loués, puis retournés à leur propriétaire. Quatre Embraer E190-E2 furent plus tard annoncés sans qu'on en ait vu un seul sur le tarmac de l'Aéroport international de N'djili.

En avril 2025, ne disposant pas du moindre appareil en service, Congo Airways SA disparut d'elle-même, perdant son Certificat de Transporteur Aérien, CTA (Air Operator Certificate, AOC), l'autorisation obligatoire délivrée par les autorités nationales à une compagnie pour effectuer des vols commerciaux, avec comme conséquence, la fin de toutes ses opérations commerciales et la fin de tout rapport avec l'IATA, l'Association du transport aérien international, de même que l'IOSA, IATA Operational Safety Audit, le programme mondial de référence pour l'audit de sécurité des compagnies aériennes.

En neuf ans, de 2016 à 2025, que des défilés de gestionnaires à la tête de Congo Airways SA ! Au moins cinq directeurs généraux se succédèrent battant un vrai record dans les révocations : Désiré Balazire Bantu, Pascal Kasongo Mwema Mwenda, José Lueya Dubier, Norbert Sengamali Lukukwa, et, le 16 janvier 2015, Alexandre Tshikala Mukendi...

Nommé le 8 juillet 2023 par ordonnance présidentielle président du Conseil d'Administration, Jean-Bertrand Ewanga Is'Ewanga semble être l'homme de la situation, celui qui tient les commandes de la société puisqu'il en est à son troisième directeur général.

Dans un discours improvisé samedi 31 janvier, prononcé dans l'un des salons de l'Aéroport International de N'djili, lors de la réception de l'Airbus A320, le président du Conseil d'Administration de Congo Airways SA s'est adressé, devant les invités de l'entreprise, avec fermeté, au Directeur général, Alexandre Tshikala Mukendi.

« À la fin du mois, il faut payer (les salaires, ndlr). Vous devez vous multiplier en morceaux pour trouver des solutions. Ces avions ne sont pas venus pour dormir. Ils doivent retrouver les airs. Les avions sont conçus pour voler, pas pour s'asseoir », se faisant applaudir par le personnel.

CNSS INCONSOLABLE ?
Puis : « Mais je vous fais confiance. Il faudra que dans les deux semaines qui arrivent, nos passagers de Lubumbashi, de Kananga, de Mbandaka, de Kisangani et, prochainement de Goma, Kolwezi, Kindu, etc., retrouvent le sourire. Et je dis ceci : nous avons un grand programme avec vous.

À Congo Airways, nous devons avoir des relations avec des partenaires pour nous affirmer. Le Chef (le Chef de l'État, ndlr) nous donne une obligation d'utiliser toutes nos énergies pour que Congo Airways soit relancée. Mais nous avons une difficulté : notre personnel ».

S'adressant aux agents et cadres de l'entreprise présents à la cérémonie, le président du Conseil d'Administration a gardé le même ton, allant jusqu'à leur brandir la sanction de révocation : «Vous libérez facilement des injures. Vous écrivez partout pour dénigrer les autorités croyants qu'elles ne travaillent pas. Vous vous êtes même posés la question sur ce que (les responsables de la l'entreprise, ndlr) étaient allés faire en Afrique du Sud.

Le résultat est là. Faites-nous confiance. Quand vous faites dix mois sans avion (en vol, ndlr), où va-t-on trouver l'argent pour vous payer ? Et si les dirigeants sont concentrés pour trouver des solutions, il faut les appuyer. Parce que le découragement peut amener à l'abandon et le Chef de l'État ne nous pardonnera pas.

J'ai suivi le Directeur Général (qui a été) strict pour l'organisation du travail. Il a invité tout le monde à s'impliquer pour la bonne marche de la société. Celui qui tergiverse, s'il vous plaît... ! D'abord, nous avons un effectif pléthorique et nous allons vous demander de partir. Parce que vous n'aimez pas le pays. Il faut vous engager dans la vision du Chef de l'État pour que les choses marchent ».

Jean-Bertrand Ewanga Is'Ewanga avait réservé auparavant des mots à l'endroit du Vice-premier ministre en charge des Transports, Voies de communication et Désenclavement, Jean-Pierre Bemba Gombo, le remerciant pour les «soucis» qu'il exprime envers Congo Airways SA et pour «ses conseils, ses orientations pour que Congo Airways se réveille».

Les mêmes mots à l'endroit de la ministre du Portefeuille Julie Mbuyi Shiku « pour la rigueur, les exigences en vue de la relance de la société», elle qui donne une image «nouvelle» à la tête du ministère du Portefeuille.

Le Vice-premier ministre en charge des Transports, Voies de communication et Désenclavement Jean-Pierre Bemba Gombo qui aurait dû présider cette cérémonie, était, samedi 31 janvier, en mission à l'étranger. Il s'est fait représenter par son directeur de cabinet adjoint, Me Paul Djunga Mudimbi.

Avocat affilié au Barreau de Paris, il n'a pas caché son «immense honneur et une grande satisfaction» de se trouver à l'arrivée de l'Airbus A320, au titre de «représentant du Vice-Premier ministre en charge des Transports, Voies de communication et Désenclavement».

«Le relèvement opérationnel de la compagnie aérienne nationale Congo Airways SA, a poursuivi le DirCaba, devient ce jour une réalité avec l'acquisition de ce nouvel appareil de type Airbus A320 après environ plus d'une année d'arrêt d'exploitation. Cette relance, fruit d'un processus exigeant et laborieux, trouve son origine dans les hautes orientations arrêtées lors de la sixième réunion du Conseil des ministres du 19 juillet 2024 puis confirmées au Conseil restreint du 7 août 2024.

Elle traduit dans les faits la volonté ferme de la plus Haute Hiérarchie du pays, Son Excellence Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, le président de la République, Chef de l'État, à qui Son Excellence Monsieur le Vice-premier ministre renouvelle ses hommages les plus déférents».

Un avion qui constitue, a-t-il également déclaré, « un catalyseur d’intégration » pour la nation. Pour le Directeur général Alexandre Tshikala Mukendi, l’A320 est le gage d’un « travail accompli » pour la relance des activités. L'avion est un outil destiné à garantir la stabilité des opérations et à répondre à la demande croissante de mobilité au Congo et «la priorité est désormais la satisfaction du client».

Les millions de $US qui ont permis l’acquisition de cet aéronef ou de ces aéronefs seraient-ils sortis des caisses de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale, l'ex-INSS ou du Trésor public ?

La CNSS se serait-elle fait rouler dans la farine? Charles Mudiayi Kazadi, le Directeur général de la CNSS serait inconsolable ou furieux du traitement qui lui aurait été réservé au point d’avoir évité d’être personnellement présent à l’arrivée de l’Airbus venu d’Afrique du Sud? Charles Mudiayi Kazadi s'est fait représenter à N'djili par le Directeur financier a.i de la CNSS. Cet appareil aurait-il été pris en leasing ou acheté cash ?

Les candidats passagers attendent l'annonce du programme des vols. Jean-Bertrand Ewanga Is'Ewanga l'attend. Aussi.
D. DADEI.


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