- lun, 13/04/2026 - 23:12
KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1661 | MARDI 7 AVRIL 2026.
La XIII ème Conférence des Gouverneurs des 26 provinces du Congo élargie comme d'habitude aux présidents des Assemblées provinciales, convoquée à Bandundu Ville, anciennement Banningville, capitale de la province du Kwilu, a fini par se tenir malgré les problèmes infrastructurels récurrents qui marquent l'espace territorial.
Tels l’accès d'une ville enclavée, aux confluents de trois rivières - le Kwilu, le Kwango et le Kasaï -, l'état des pistes des aéroports (Bandundu Ville (Basoko) et Kikwit (Nzinda), la grande ville de la province, qui ne reçoivent pas d’avions ou ne reçoivent que des « avions de brousse », l'absence d'hôtels susceptibles de loger des personnalités dans des conditions acceptables.
Placé sous le thème «la transformation du secteur agricole, pastoral et halieutique : développement rural et connexion aux marchés urbains », l'événement s'était buté notamment à ces défis au point de faire douter sa tenue dans la Kwilu quand d'autres hypothèses faisaient jour, une délocalisation voire une annulation.
C'est la volonté et la détermination du président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo qui ont permis à cette conférence de se tenir quoique, chaque jour qui passait, les réseaux sociaux l'obscurcissait invoquant l'insécurité et le risque d'assassinat du fait de la présence de la milice Mobondo qui a fait, depuis 2022, plus de 5.000 morts et 280.000 personnes déplacées, dans l'espace Grand Bandundu (Kwilu, Kwango, Maï Ndombe).
Des officiels s'étaient trouvés une semaine avant à Bandundu et Kikwit, les deux grandes villes du Kwilu. Le Chef de l'État y a passé quatre jours.
Après son arrivée le 24 mars à Bandundu Ville aux heures de 15:00', où une immense foule en liesse s'était regroupée à l'aéroport depuis le matin, le président s'est envolé le lendemain pour Kikwit, y a passé la nuit, est revenu à Bandundu un jour après pour poursuivre et clôturer le 27 mars la Conférence. Il y a rencontré des chefs coutumiers, des députés provinciaux, a visité le port délaissé de la ville, a présidé comme de coutume un Conseil des ministres. À Kikwit, accueilli par la maire intérimaire de la ville, Charlotte Lula Musuy et une autre foule mobilisée en liesse, il a inauguré le nouveau bâtiment de la Cour militaire et du Tribunal militaire de garnison et de l’auditorat militaire supérieur. Des infrastructures qui remplacent des installations devenues obsolètes qui dataient de 1954.
REDONNER VIE AU SECTEUR AGRICOLE.
Il s'est rendu à la sous-station de Kakobola, à Kikwit où il a démarré, sous les acclamations d’une population qui attendait cette cérémonie depuis des décennies, le barrage du même nom. Une sous-station qui marque une importante avancée l’amélioration de l’accès à l’énergie. Des essais techniques de ce barrage, réalisés en août 2024, avaient confirmé la viabilité du projet.
Si la vision du Président de la République dans le secteur agricole se résume à la revanche du sol sur le sous-sol, vise la reconquête de l’autonomie alimentaire, le Kwilu et la ville de Bandundu, dépendent de l'extérieur, malgré ses atouts.
L’ex-Banningville, gâtée par les rivières, n'a su tirer profit de ces dons de la nature. «Bandundu-ville a beaucoup d’atouts. On a l’électricité, des terres fertiles, mais je peux vous rassurer que les œufs qui sont mangés ici viennent de Kinshasa. Vous ne pouvez pas acheter chez les autres ce que vous êtes capables de produire vous-mêmes. On ne peut pas comprendre qu’on ait autant de capacités, mais qu’on dépende de la ville qu’on devrait nourrir », confie l'agronome Jean-Claude Bwanganga Tawaba, député national élu de la ville de Bandundu.
La conférence a « examiné comment renforcer le financement du secteur agricole et rural, comment faciliter l’accès aux marchés urbains, comment améliorer les infrastructures et encourager les chaînes de valeur porteuses», a déclaré Jacquemain Shabani Lukoo, Vice-premier ministre en charge de l’Intérieur et rapporteur de la Conférence, dans son compte rendu.
La Première ministre (Vice-présidente de la Conférence), Judith Suminwa Tuluka s’est montrée disposée à soutenir et à accompagner les provinces à relever les défis identifiés, après avoir rappelé quelques progrès déjà accomplis ou en cours de réalisation.
«La volonté politique, soutenue par des mesures concrètes et innovantes doit désormais se traduire en actions concrètes pour transformer en profondeur nos secteurs clés, notre économie et notre société», a-t-elle souligné. Elle a invité les gouverneurs des provinces à conjuguer ambition, discipline et solidarité pour construire un pays résilient, prospère et équilibré, digne de la confiance de son peuple.
Le Gouvernement doit procéder au renforcement de l’organisation des exploitants, la structuration des coopératives, l’amélioration de l’accès aux intrants, aux technologies et aux marchés, et une meilleure sécurisation du foncier agricole, en plaçant les paysans, qui portent l’effort nourricier national, au coeur de l’action publique, a déclaré le Chef de l'État.
Il a souligné qu'« aucune nation ne peut durablement prétendre à la puissance si elle demeure dépendante pour se nourrir, si elle laisse dépérir ses campagnes, ou si elle abandonne ses territoires ruraux».
Il a indiqué sa vision de transformation durable du pays, « celle d’un Congo qui ne fonde pas sa prospérité uniquement sur l’extraction, mais également sur la production, la transformation, la création de valeur ajoutée locale et l’occupation intelligente de son territoire».
Plusieurs recommandations ont marqué l'événement. Tels la régularisation des rémunérations des autorités politico-administratives, le réaménagement d’au moins 100 kms de routes rurales par province, la modernisation de certaines infrastructures aéroportuaires, le rajeunissement de l’administration publique afin de redynamiser les filières de production.
Le président de la République démocratique du Congo a insisté sur la mise en œuvre effective des recommandations de la Conférence, est revenu sur la stabilité institutionnelle au niveau des provinces - « la stabilité institutionnelle dans les provinces n’est pas un sujet périphérique ; elle est une condition du développement», a-t-il déclaré - et un moratoire sur les motions de défiance contre les gouverneurs et les bureaux des assemblées provinciales a été annoncé.
Il a « demandé (à la Première Ministre, Vice-présidente de la Conférence) de prendre en charge, avec diligence, les doléances formulées et de s’employer à la recherche des solutions possibles, dans le respect de la loi et au regard du contexte particulier que traverse notre pays».
D. DADEI.





