- lun, 13/04/2026 - 23:33
KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1661 | MARDI 7 AVRIL 2026.
À la clôture du forum Angola-Congo organisé à Kinshasa du 1er au 2 avril 2026, la volonté affichée était de ranger les discours dans le tiroir, place aux actes, ont décrété les deux ministres au cœur de la rencontre, le Congolais Daniel Mukoko Samba, vice-Premier ministre en charge de l'Économie nationale et l'Angolais José de Lima Massano, ministre d'État à la Coordination Économique.
Dans son discours d'ouverture de cette troisième rencontre du genre ouverte à l'hôtel 5 étoiles Golden Tulip Kin-Oasis, avenue Kasavubu, à Kinshasa, Mme Judith Tuluka Suminwa, la Première ministre congolaise qui présidait la cérémonie au nom du Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a clairement sonné le tocsin. Si les deux premiers Forums économiques, organisés respectivement à Kinshasa et à Luanda en 2023, « ont permis de poser les bases de cette ambition commune, aujourd’hui, ce troisième Forum doit marquer une étape décisive. Car l’intégration régionale ne se mesure pas à l’intensité de nos discours. Elle se mesure à la qualité de nos infrastructures. Elle se mesure à la fluidité de nos échanges. Elle se mesure aux opportunités réelles offertes à nos populations».
LES DEUX MINISTRES N'EN POUVAIENT PLUS.
Et, «dans cet esprit, nos travaux porteront sur des axes essentiels : la facilitation des transactions financières, condition indispensable à l’intensification des échanges commerciaux ; la lutte contre la contrebande, afin de garantir des circuits économiques transparents et sécurisés; et le développement du corridor stratégique Dilolo-Lobito. Ce corridor constitue une opportunité majeure pour notre sous-région. Il ne s’agit pas uniquement d’un projet d’infrastructure, mais d’un véritable levier de transformation économique. Il peut connecter nos économies, stimuler l’industrialisation, favoriser la transformation locale de nos ressources et créer des emplois durables pour nos populations. Ce troisième Forum doit être celui de la maturité et de l’efficacité. Nous devons passer des intentions aux réalisations ; des engagements aux mécanismes opérationnels ; des ambitions aux résultats mesurables. Nos peuples n’attendent plus des promesses. Ils attendent des transformations concrètes dans leur quotidien», a poursuivi la Cheffe du Gouvernement.
Les deux ministres congolais et angolais avaient compris le message. Daniel Mukoko Samba et José de Lima Massano se sont très vite mis d'accord.
Voici deux pays - le Congo et l'Angola - qui partagent une frontière terrestre discontinue commune longue de 2.511 kms, dont le temps de voyage en avion entre les capitales des deux pays, Kinshasa et Luanda, dure à peine 45' à 50', mais des Congolais et des Angolais qui se visitent très peu. Deux pays qui disposent de très peu de liaisons aériennes entre eux, qui ont près de 200 milliards de $US de PIB combinés, quand chacun des deux a le regard tourné vers le pays colonisateur, la Belgique (mais aussi la Chine pour le Congo), le Brésil et le Portugal pour l'Angola, quand leurs échanges officiels ne dépassent pas 150 millions de $US/an alors que les deux pays disposent d'une soixantaine de points de transactions transfrontalières dont le gros prend des circuits informels.
C'est ce qu'a démontré le Congolais Daniel Mukoko Samba dans sa prise de parole de clôture de cette rencontre.
Est-ce logique que la langue rapproche des pays si lointains physiquement mais sépare tant deux pays que seule une ligne frontalière sépare ? Que comprendre des relations entre l'Allemagne et la France, deux pays clés dans l'Europe quand en Allemagne on parle l'Allemand et en France on parle le Français ? Pourquoi, au plan commercial, le gros des échanges entre le Congo et l'Angola emprunte des circuits informels ? Irresponsabilité des politiques publiques ? Nul doute !
En vraie Mukongo (Né Kongo) assumée, dont la province d'origine partage sa frontière Est avec l'Angola avec de part et d'autre deux mêmes peuples séparés à la Conférence de Berlin par les colonisateurs, Judith Tuluka Suminwa rappelle l'histoire et émeut la salle en évoquant « la tradition Kongo » dans son discours.
«Dans la tradition Kongo, le symbole du Dikenga dia Kongo incarne la continuité, la transmission et la responsabilité entre les générations. Il nous enseigne qu’aucune génération ne peut se contenter de recevoir: elle doit également construire, transformer et transmettre. C’est précisément la responsabilité qui est la nôtre aujourd’hui. Au-delà de la coopération bilatérale entre nos deux pays, notre action s’inscrit dans une ambition plus large : celle de la construction d’une Afrique intégrée. En renforçant nos échanges, en développant nos infrastructures et en facilitant le commerce transfrontalier, nous contribuons concrètement à la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine.
Car une Afrique qui commerce davantage avec elle-même est une Afrique plus forte, plus résiliente, et plus prospère.
C’est dans cet esprit de responsabilité, de fraternité et d’ambition commune que je déclare officiellement ouverts les travaux du troisième Forum économique entre la République Démocratique du Congo et la République d’Angola».
Du coup, Daniel Mukoko Samba et son homologue José de Lima Massano disent en avoir marre de cette situation et ont convenu « en off » - à Kinshasa, avoue le vice-Premier ministre congolais de l'Économie, de faire bouger les lignes avec l'objectif de passer sans attendre à la vitesse supérieure.
«Le temps des discours est révolu ; et nous devrons commencer à agir», tonne calmement Daniel Mukoko Samba à la clôture du IIIème Forum Angola-RDC.
« Nous avons décidé de désigner en off deux personnes de liaison dans nos cabinets respectifs pour nous assurer que ce que nous convenons se fait et que les obstacles qui se dressent sur notre chemin commun nous sont reportés et que les actions correctives sont prises. Nous avons déjà échangé les noms de ces personnes de liaison. La première tâche de ces deux personnes de liaison avec l'appui d'autres institutions qui ont préparé ce forum sera de mettre en place le premier engagement du communiqué final sera la feuille de route de Kinshasa. Nous sommes rassurés de voir qu'un des éléments clés de cette feuille route a déjà connu un début de réalisation. Les Gouverneurs des deux banques centrales se sont rencontrés, se sont mis d'accord pour préparer un protocole d'accord qui sera signer au plus tard en juillet de cette année et qui va permettre de régler cet épineux problème, qui est celui de la difficulté de dénouer les transactions financières entre l'Angola et la RDC », poursuit Daniel Mukoko Samba.
Le but de l'action ? Renforcer les économies des deux pays, en faire - « c’est notre destin» - le moteur de développement de la sous-région passe par l'harmonisation des politiques économiques et la facilitation de la libre circulation des biens et services.
Ci-après, le texte intégral du communiqué final.
III ème ÉDITION
DU FORUM ÉCONOMIQUE D.R. CONGO-ANGOLA. «Intégration sous-régionale et développement du commerce transfrontalier».
Sous les Hauts Auspices de Leurs Excellences Monsieur Félix Antoine
Tshisekedi Tshilombo, Président de la République Démocratique du Congo, et Monsieur João Manuel Gonçalves Lourenço, Président de la République d’Angola, s’est tenue à Kinshasa, du 1er au 2 avril 2026, la troisième édition du
Forum Économique République d'Angola-République Démocratique du Congo, placée sous le thème : « Intégration sous-régionale et développement du commerce transfrontalier ».
Ce Forum a réuni les membres des Gouvernements, les responsables des administrations publiques, les institutions financières, les opérateurs économiques ainsi que les experts des deux pays. Les travaux ont été marqués par un esprit de fraternité, de coopération et de volonté commune de renforcer les relations économiques bilatérales, dans l’intérêt mutuel des deux peuples.
I. Objectifs du Forum.
Le Forum avait pour objectifs principaux de :
1. promouvoir le développement du commerce transfrontalier formel ;
2. renforcer l’intégration économique et financière entre les deux pays ;
3. identifier les obstacles structurels aux échanges;
4. proposer des mesures concrètes en vue de stimuler les investissements et les partenariats économiques.
II. Constats.
Les participants ont relevé que, malgré le potentiel considérable des échanges entre les deux pays, plusieurs contraintes continuent de freiner leur développement, notamment:
1. la prédominance du commerce informel ;
2. les difficultés liées aux systèmes de paiement formels ;
3. la multiplicité des taxes et des barrières administratives ;
4. les tracasseries aux frontières ;
5. l’insuffisance des infrastructures logistiques et frontalières ;
6. le manque d’harmonisation des cadres réglementaires et fiscaux ;
7. le faible niveau de digitalisation des procédures.
III. Recommandations.
Au terme des travaux, les participants ont formulé les recommandations suivantes :
1. Facilitation du commerce et modernisation douanière.
◗ Accélérer la digitalisation et l’interconnexion des systèmes douaniers;
◗ Mettre en place des postes frontaliers à guichet unique ;
◗ Simplifier et harmoniser les procédures douanières et fiscales.
2. Formalisation des échanges transfrontaliers.
◗ Instituer un régime commercial simplifié pour le petit commerce frontalier ;
◗ Renforcer les mécanismes de lutte contre la fraude et la contrebande.
3. Développement des infrastructures.
◗ Améliorer les corridors de transport et les facilités de transit.
◗ Faire du corridor de Lobito un axe structurant d’intégration régionale, à travers la modernisation coordonnée des infrastructures ferroviaires et routières, la création des activités minières, industrielles et agro-industrielles et l’inclusion des communautés riveraines.
◗ Investir dans la production de l’énergie électrique pour répondre à la demande croissante.
◗ développer des plateformes logistiques multimodales (rail-route-port) afin d’optimiser les coûts et délais de transport.
4. Intégration financière.
◗ Harmoniser les réglementations de change ;
◗ Promouvoir l’utilisation des systèmes régionaux et panafricains de paiement (SADC-RTGS, PAPSS) ;
◗ Faciliter les transactions en monnaies nationales.
5. Inclusion financière.
◗ Renforcer l’accès des populations aux services financiers ;
◗ Promouvoir l’éducation financière et les solutions numériques.
6. Coopération institutionnelle.
◗ Mettre en place des mécanismes permanents de concertation ;
◗ Renforcer la coopération entre administrations douanières, fiscales et financières.
7. Partenariat public-privé.
◗ Encourager les investissements conjoints et les joint-ventures ;
◗ Impliquer davantage le secteur privé dans la mise en œuvre des réformes.
8. Pêche et économie bleue.
◗ développer des infrastructures de stockage frigorifique et de transport réfrigéré ;
◗ mettre en œuvre effectivement les accords bilatéraux de pêche ;
◗ gérer de façon concertée les espaces maritimes et la prévention des incidents liés à la pêche ;
◗ renforcer les mécanismes de surveillance maritime et de lutte contre la pêche illégale.
9. Hydrocarbures.
◗ mettre en place un cadre bilatéral d’échanges sécurisés et transparents ;
◗ structurer une chaîne de valeur pétrolière régionale ;
◗ développer des plateformes logistiques transfrontalières intégrées ;
◗ mettre en place un mécanisme de financement conjoint.
IV. Engagements.
Les parties ont convenu de :
1. élaborer une feuille de route conjointe, assortie d’indicateurs de performance ;
2. assurer un suivi régulier de la mise en œuvre des recommandations ;
3. renforcer la coordination entre les institutions compétentes des deux pays ;
4. œuvrer à la mise en place progressive d’un espace économique intégré ;
5. pour les deux gouverneurs des banques centrales, qui se sont rencontrés, de signer un protocole d’accord à une date à convenir en juillet 2026 ;
V. Conclusion.
À l’issue des travaux, les participants ont exprimé leur satisfaction quant à la qualité des échanges et aux résultats obtenus.
Ils ont salué l’engagement des Hautes Autorités des deux pays à renforcer la coopération économique bilatérale et à promouvoir une intégration effective et durable.
Les participants ont réaffirmé leur engagement de traduire les recommandations issues du Forum en actions concrètes, au bénéfice des populations des deux pays.
Le prochain forum sera organisé en Angola à une date à convenir entre les deux gouvernements.
Cette déclaration finale est rédigée en français et en portugais.
Fait à Kinshasa, le 2 avril 2026
Pour le Gouvernement de la République Démocratique du Congo,
Daniel Mukoko Samba, Vice-Premier Ministre, ministre de l’Économie Nationale
Pour le Gouvernement de la République d’Angola,
José de Lima Massano, ministre d’État, ministre de la Coordination Économique





