- ven, 25/09/2026 - 15:28
KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1676 | JEUDI 24 SEPTEMBRE 2026.
Ministère de l’Économie numérique, ministère de l’Éducation nationale, la Snél SA, etc., au Congo, des entités étatiques continuent de sceller des partenariats avec l’équipementier chinois Huawei-Société Anonyme mis à l’index par Donald Trump avec l'initiative Clean Network qui vise à écarter les technologies, applications et opérateurs chinois des infrastructures américaines et de celles des pays alliés. Washington accuse l'opérateur chinois d’espionnage des utilisateurs.
Mi-septembre, l’administration Trump s’est alliée le Libanais Africell pour contrer la domination du Chinois dans les NTIC sur le continent. Premiers États ciblés, l’Angola et le Congo (Kinshasa) où la firme compte le gros de ses 15 millions d’abonnés. Après un premier prêt de 100 millions de $US obtenu en 2018 de Development Finance Corporation ex-Overseas Private Investment Corporation, OPIC, pour développer ses infrastructures de communication, Africell reçoit derechef un prêt de 99,6 millions de $US d’Export-Import Bank of the United States, EXIM, pour financer l’acquisition de technologies auprès de fournisseurs américains et alliés. À la faveur d’une visite dans les locaux d’Africell à Luanda, il y a peu, la secrétaire d’État adjointe honoraire, Wendy Sherman, a soutenu que les pays recourant aux technologies de Huawei SA pouvaient compromettre leur souveraineté et leurs données.
L’Angola de João Lourenço a, depuis, opéré un virage à l’Ouest dans le secteur des NTIC. Les technologies de HP, Nokia, Dell et Oracle jouissent d’un régime préférentiel qui ne dit pas son nom. Pour autant, Huawei détient encore environ 52 % du marché africain des infrastructures 5G et aurait fourni plus de la moitié des équipements 4G et 5G du continent, selon les experts Counterpoint Research.
ANGOLA D'ACCORD, LE CONGO TRAÎNE.
Allié fidèle, l’Angola bénéficie, en retour, d’importants investissements directs américains. Au 2 juillet 2026, soixante firmes américaines opéraient au pays de João Lourenço, notamment dans les télécoms, les énergies renouvelables, les BTP et le transport multimodal.
Au Congo, l’appel de Donald Trump visant à écarter les technologies, applications et opérateurs chinois des infrastructures et projets soutenus par les États-Unis lambine pour porter écho. Les experts du ministère de l’Économie numérique ont été, fin 2025, au centre de formation de Huawei SA à Hangzhou, en Chine, pour solliciter la coopération entre le Congo et l’équipementier chinois dans le domaine de la formation en Intelligence Artificielle, IA, dans le cadre du Plan national du numérique 2026-2030 et de la première Stratégie nationale en intelligence artificielle.
Les échanges ont porté sur la création d’une académie congolaise d’intelligence artificielle, un projet gouvernemental visant à former des spécialistes, soutenir la recherche appliquée et développer des solutions adaptées aux besoins locaux, notamment dans les secteurs de l’agriculture, de la santé et des mines.
L’Angola devrait compter parmi les exportateurs mondiaux du cuivre courant 2027, alors qu'au Congo, l’opinion publique accuse un certain pessimisme sur l’opérationnalisation du deal en troc, «minerai stratégiques contre sécurité ».
Quelques jours avant la mission congolaise au siège de Huawei SA, Donald Trump avait recommandé aux agences et autres structures américaines de promouvoir à l’étranger les technologies étasuniennes dans l’intelligence artificielle, les centres de données, le stockage, le cloud et les réseaux.
Le 23 mai 2025, un protocole accord fut signé entre le Congo et Huawei SA, portant sur le projet pilote de « village intelligent», destiné à améliorer l’accès à l'Internet, connecter les services publics locaux et former les jeunes aux compétences numériques. Huawei SA a aussi signé un protocole d'accord majeur le 10 avril 2025 avec la Société nationale d'électricité, Snél-SA pour la numérisation des services électriques au Congo dont la réduction des pertes techniques sur son réseau, l’amélioration des systèmes de facturation et optimisation de la réponse à la demande des clients. Huawei SA a confirmé sa collaboration avec l'Autorité de Régulation de la Sous-traitance dans le secteur privé, ARSP, pour intégrer des entreprises locales. Et pourtant, la stratégie américaine couvre désormais des domaines plus larges que les réseaux mobiles.
Ces différents projets montrent que la concurrence ne porte plus seulement sur les équipements de téléphonie. Le Clean Network s’est élargi aux infrastructures de données, aux services numériques et aux solutions destinées à élargir l’accès à l'Internet, donnant à chaque fournisseur plusieurs points d’entrée dans les économies africaines, celles du Congo en l’occurrence.
Depuis 2025, Washington mitraille l’équipementier chinois de lourdes sanctions technologiques, financières et diplomatiques à peine voilées.
Quoiqu'en froid avec le premier milliardaire au monde, l'Américano-sud-africain Elon Musk qu’il menace « de rapatrier en Afrique du Sud», le président républicain Donald Trump encourage l’expansion de Starlink, société d'Elon Musk, pour contrer la position dominante chinoise sur le continent.
Starlink s’est employé, non sans succès, à reprendre le terrain abandonné, mi-décembre 2025, par le groupe suédois Ericsson, après plus de 25 ans de présence au Congo.
L’équipementier européen s’est implanté au Congo, en 2000, avec un premier contrat d’environ 50 millions de $US pour le déploiement du réseau GSM 900 de Celtel qui deviendra Zain puis Airtel. Au fil des années, Ericsson a doté diverses solutions de modernisation 2G, 3G et 4G, notamment à Vodacom. Mais l’équipementier suédois sera étouffé par Huawei SA sur le marché congolais le contraignant d’abord à des suppressions des postes avant de jeter l’éponge.
Que ce ne fut pas facile pour Elon Musk au Congo. Dans un communiqué daté du 15 mars 2024, l’Autorité de Régulation des Postes et des Télécommunications au Congo, ARPTC, précisait que « Starlink n’a obtenu aucun titre d’exploitation pouvant lui permettre de fournir ses services d’accès à l'Internet ou tout autre service en RDC». Et de poursuivre : « Cela est de même pour les équipements de l’entreprise précitée qui n’ont pas encore fait l’objet d’homologation pour leur utilisation sur le territoire national». Toute connexion à Starlink, vente ou utilisation des équipements de la société du milliardaire américano-sud-africain est même passible d’une peine d’emprisonnement allant d’un an à cinq ans et d’une lourde amende de plus de 100.000 $US.
Mais le 2 mai 2025, sans doute à la demande de Washington, l’ARPTC annonce avoir attribué une licence réseau et des services de télécoms à Starlink DRC SA pour 70,9 millions de $US.
Airtel Congo a, par la suite, lancé, le 14 août 2026, Starlink Mobile, le service Direct-to-Cell (D2C) issu du partenariat entre Airtel Africa et SpaceX annoncé en décembre 2025. L’opérateur veut ainsi permettre à ses abonnés de rester connectés dans les zones situées hors de portée de son réseau terrestre. Airtel présente le Congo comme le premier marché africain où Starlink Mobile fait l’objet d’un déploiement commercial.
L’ARPTC a confirmé l’introduction de cette technologie, qu’elle présente comme une solution destinée à réduire l’isolement numérique et à améliorer l’accès aux télécommunications sur le territoire national.
Le Direct-to-Cell permet à des satellites équipés pour les communications mobiles de fonctionner comme des relais cellulaires et de communiquer directement avec des smartphones compatibles. Son principal intérêt est de prolonger certains services mobiles au-delà de la couverture des antennes terrestres, sans nécessiter l’installation d’une antenne satellitaire classique chez l’utilisateur. Starlink pourrait également s’allier avec Vodacom et Africell. Il n’y a que la firme française Orange qui résiste au premier milliardaire au monde. Le Congo a l’obligation d’opérer un choix à temps utile.
POLD LEVI MAWEJA.





