Il ne veut voir ni Kabila, ni Nangaa
  • mer, 04/02/2026 - 09:30

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.
Le Soft International n°1657 | MERCREDI 4 FÉVRIER 2026.

Ce dialogue dont tout le monde parle et que certains réclament, telles les chancelleries occidentales, aura lieu ou n'aura pas lieu? S'il a lieu, quel en sera le cadre ? Où se tiendra-t-il ? Qui seront invités à la table ? Quel en sera le thème ? Quels résultats en attendre ?

C'est à toutes ces questions que les cellules de stratégie travaillent désormais. Qu'elles soient de l'Union Africaine - le président en exercice de l'Union Africaine, l'Angolais João Manuel Gonçalves Lourenço, le président du Conseil togolais Faure Essozimna Gnassingbé, fils Eyadema, le team d'anciens présidents désignés facilitateurs par l'Union Africaine, le Nigérian Olusegun Obasanjo, le Kenyan Uhuru Kenyatta, le Sud-africain Kgalema Motlanthe, l'Éthiopienne Sahle-Work Zewde, la Centrafricaine Catherine Samba Panza - ou des Congolais eux-mêmes, en premier, les hommes politiques, les membres de la société civile, églises catholique et protestante, etc., ces cellules de stratégie ont-elles la même compréhension de ce rendez-vous annoncé, le énième qui pourrait avoir lieu?

Devant les ambassadeurs accrédités à Kinshasa, le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, lors de la cérémonie d'échange de vœux, en a, le 31 janvier 2026, dessiné le cadre. « Si ce dialogue devait se tenir, il se déroulerait sur le sol national, et serait conduit et organisé par les institutions de la République, dans le respect de la Constitution, des lois de la République et des règles démocratiques qui fondent notre pacte national (...).

Je le dis avec la même clarté : ce dialogue intérieur, aussi nécessaire soit-il, ne saurait tenir lieu de substitut aux obligations internationales. Il ne peut pas être invoqué pour relativiser une agression, ni pour diluer des responsabilités établies (...). La justice suivra son cours normal, avec rigueur, jusqu’au bout, et sans complaisance afin d’honorer la mémoire de celles et ceux injustement tombés du fait de l’agression ».

Trois hommes sont dans le viseur de Kinshasa : les deux chefs de guerre pro-rwandais AFC-M23, Corneille Nangaa Yobeluo, Bertrand Bisimwa et le chef du PPRD-FCC, l'ancien président Joseph Kabila Kabange présenté par la justice d'être le soutien de ces rebelles.

POSITION DE NÉGOCIATION?
À eux s'ajoutent leurs compagnons. D'où l'arrestation de deux hommes clés de l'ancien pouvoir PPRD-FCC. L'ancien président de l'Assemblée nationale Aubin Minaku Ndjalandjoko et l'ancien vice-premier ministre en charge de l'Intérieur, Sécurité, Emmanuel Ramazani Shadary qui sont dans les mains des services secrets.

Faut-il voir le discours du Chef de l'État congolais comme une position de négociation?
Des partis d'opposition le pensent. Tel celui de l'ancien premier ministre Augustin Matata Ponyo Mapon, le LGD-A. «Les positions des uns et des autres, bien que paraissant tranchées et parfois divergentes, n'appellent pas encore à la rupture, au regard des dispositions d'ouverture et de concertation affichées de part et d'autre», écrit, dans une déclaration du 2 février, un groupe de membres de LGD-A.

Vice-président de la coalition Lamuka dont le président est Martin Fayulu Madidi et président de son parti ADD Congo, Prince Epenge avait été le premier à s'exprimer sur les déclarations du président de la République en des termes ci-après.

« La coalition Lamuka et l’ADD Congo prennent acte des affirmations du Chef de l’État Tshisekedi, selon lesquelles le dialogue national et inclusif est important pour faire face à la guerre d’agression. Mais aussi l’unité et la cohésion des enfants du Congo sont indispensables pour fédérer les énergies et mutualiser les forces en vue de récupérer les territoires du Congo passés sous pavillon de Paul Kagame.

Ce qui est important, ce sont les objectifs poursuivis par le dialogue tel réclamé par le peuple. Pour la coalition Lamuka, le plus important n’est pas qui convoquer et où on va se réunir. Que le dialogue se tienne à Kinshasa ou ailleurs, qu’il soit convoqué par M. Félix Tshisekedi ou par ses institutions, le plus important est qu’on libère nos Kivu, on libère l’Ituri, que les gangs quittent notre pays.

Récupérer les territoires occupés, pacifier les provinces en proie à l’insécurité, réaliser l’unité et la cohésion comme l’assurance vie absolue de notre pays aujourd’hui et demain. Mais aussi amorcer les réformes électorales nécessaires en vue d’assurer des bonnes élections générales en 2028.

Les crises sont multiples et le cadre idéal pour les résoudre est bel et bien ce cadre de dialogue entre Congolais. Le relèvement par le Président de la République, Félix Tshisekedi, de la nécessité d’un dialogue entre les enfants de Kimbangu, de l’unité et la cohésion pour que le Congo puisse assurer sa propre sécurité, est un pas dans la bonne direction. Maintenant, il faut qu’on y aille vite. Parce que sur le terrain, la situation n’est guère bonne pour nos compatriotes qui perdent la vie chaque jour ».

Même les Églises ont dit prendre positivement le discours du Chef de l'État. Un évêque catholique, Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CÉNCO, qui s'exprime souvent au nom des évêques, catholiques et protestantes, estime qu'« il n’y a rien à dramatiser ». Tout en rappelant que tout dialogue commence par des postures et que l’essentiel est ailleurs. « Le plus important, c’est que cette ouverture s’accompagne d’une réelle volonté politique », a poursuivi Mgr Donatien Nshole.

Mais les crimes commis peuvent-ils rester impunis? Et quid des décisions rendues par la justice ? Les «mixages et brassages » avec l'intégration d'ex-rebelles dans l'armée nationale ne sont-ils pas des faiblesses qui expliquent nos guerres récurrentes?

Si d'aucuns pourraient être tentés de croire que le discours du président de la République n'est qu'«une posture », oublient-ils qu'en politique, tout est possible et que ce qui était vrai hier, peut ne pas l'être demain? Pensent-ils que le contexte d'hier serait le même aujourd'hui?
T. MATOTU.


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